La centrale solaire-batteries de CrossBoundary Energy, en exploitation commerciale depuis le 12 août, commence à produire des données économiques mesurables. Kamoa Copper affirme avoir réduit sa consommation de diesel d’environ 4 millions de litres en août, pour une économie estimée à 11 millions USD. Ces chiffres donnent une première indication du coût que l’énergie solaire avec stockage peut retirer de l’exploitation d’une grande mine de cuivre en RDC.
Le débat autour des 233 MWc de solaire et 526 MWh de batteries installés à Kamoa-Kakula ne porte plus seulement sur la puissance technique du projet. Les premières données communiquées par Kamoa Copper permettent désormais d’évaluer son effet sur l’une des charges les plus sensibles du complexe minier, le recours aux groupes électrogènes diesel.
Annebel Oosthuizen, directrice générale de Kamoa Copper, a indiqué à Climate Home News que la centrale exploitée par CrossBoundary Energy avait permis d’économiser environ 4 millions de litres de diesel durant le seul mois d’août, correspondant selon l’entreprise à près de 11 millions USD d’économies aux prix actuels du combustible. Le coût de l’électricité solaire avec batteries serait inférieur à un cinquième du coût par kilowattheure produit par les générateurs diesel de la mine.
Ces montants sont des estimations communiquées par Kamoa Copper et non des données financières auditées. Le tarif du contrat d’achat d’électricité entre Kamoa Copper et CrossBoundary Energy n’est toujours pas public. Il n’est donc pas encore possible de reconstituer indépendamment le coût exact du MWh solaire et de le comparer au coût complet du MWh thermique.
Rapportée simplement aux 4 millions de litres annoncés, l’économie de 11 millions USD représente environ 2,75 USD par litre de diesel évité. Ce ratio ne doit cependant pas être assimilé au prix à la pompe en RDC. Il peut refléter le coût du combustible rendu sur le site minier et d’autres coûts liés à la production électrique thermique.
357 048 panneaux et 180 batteries pour garantir 30 MW continus
Les nouvelles informations publiées cette semaine doivent aussi être rapprochées des caractéristiques techniques officielles du projet. La fiche détaillée de CrossBoundary Energy recense 357 048 panneaux photovoltaïques, et non simplement « plus de 300 000 », ainsi que 180 conteneurs de batteries. L’installation représente 233 MWc de solaire et un système de stockage de 123 MVA pour 526 MWh.
La puissance contractuellement garantie reste cependant de 30 MW continus, avec une disponibilité annuelle de 95 %. Les 233 MWc correspondent à la puissance de pointe des panneaux et ne signifient donc pas que Kamoa dispose de 233 MW solaires vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Lepoint.cd avait détaillé cette différence technique dans son édition du 16 septembre.
Lors des premières phases d’exploitation, CrossBoundary indique que le parc photovoltaïque a déjà délivré plus de 150 MW à certains moments, dont environ 50 MW directement au réseau de la mine, le surplus servant notamment à charger les batteries. Le groupe estime la production annuelle de l’installation à environ 300 000 MWh et les émissions évitées à 78 750 tonnes de CO₂ par an.
Cette énergie intervient dans une fonction directement liée à la continuité de la production. Selon Kamoa Copper, les 30 MW actuellement fournis alimentent notamment les pompes utilisées pour empêcher environ 400 millions de litres d’eau par jour d’envahir les travaux souterrains.
Le diesel reste nécessaire, mais sa place commence à diminuer
Kamoa-Kakula n’a pas supprimé sa dépendance aux générateurs. Le complexe conserve actuellement un déficit électrique estimé entre 20 et 40 MW, couvert en partie par les équipements thermiques. Le diesel reste également nécessaire pour certains engins miniers dont l’électrification est techniquement plus difficile dans les conditions souterraines humides du site.
Une deuxième installation solaire-batteries de 30 MW de puissance ferme doit compléter le système en septembre. Les deux premières centrales totaliseront alors 433 MWc de photovoltaïque, 1 107 MWh de stockage et 60 MW de puissance continue. Ivanhoe Mines estime que ces 60 MW pourraient fournir environ un quart des besoins du complexe, avant une nouvelle montée à 120 MW continus d’ici fin 2027.
Le chiffre de 11 millions USD devient ainsi plus instructif que la seule capacité installée. S’il se confirme sur plusieurs mois, il permettra de mesurer combien une alimentation solaire avec stockage peut réduire le coût énergétique et l’exposition aux fluctuations du diesel dans l’industrie minière congolaise.
Il serait toutefois prématuré d’extrapoler les 11 millions USD d’août sur douze mois. Les besoins énergétiques, l’ensoleillement, la disponibilité du réseau et le recours aux groupes électrogènes varient au cours de l’année. Les prochains résultats d’Ivanhoe Mines devront permettre de voir si la baisse du diesel se retrouve effectivement dans les coûts C1 du cuivre, attendus entre 2,60 et 3,00 USD la livre en 2026.
H. KABAMBA









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