La Chine applique depuis le 1er décembre 2024 un droit de douane à 0% sur 100% des produits venant des pays les moins avancés (PMA), dont 33 pays africains. Pékin dit aussi être prêt à négocier et signer un Partenariat économique Chine-Afrique pour étendre cette politique à tous les pays africains ayant des relations diplomatiques avec elle.
Un exemple concret illustre cette ouverture. En mars, plus de 800 poissons d’ornement africains sont arrivés en Chine par l’aéroport international de Huanghua, à Changsha, capitale du Hunan. Le lot, transporté par un vol cargo venu d’Addis-Abeba, a été dirigé vers un site de quarantaine, avec 14 jours d’isolement et des contrôles sanitaires avant toute mise sur le marché chinois.
Pour l’importateur Hunan XiYue International, ces poissons attirent les aquariophiles grâce à leurs couleurs, leur adaptabilité et leur facilité d’élevage. L’entreprise dit vouloir développer ces importations, ainsi que d’autres espèces aquatiques apparentées.
Cette politique tarifaire favorise aussi des produits plus classiques. Des anchois séchés du Kenya, des produits à base d’agneau de Madagascar ou encore du caoutchouc ivoirien entrent de plus en plus sur le marché chinois. Pour Pékin, l’idée est d’offrir plus de choix aux consommateurs chinois, tout en créant des revenus côté africain.
Au Rwanda, Herman Uwizeyimana, directeur général de Fisher Global, explique que son entreprise exporte chaque année entre 200 et 300 tonnes de piments séchés vers la Chine, avec l’objectif d’atteindre 1 500 tonnes à l’avenir. Il lie cette ambition au tarif zéro : « Cette politique permet non seulement de réduire nos coûts d’exportation, mais aussi d’accroître les marges bénéficiaires des agriculteurs et des entreprises ».
Ce que le “tarif zéro” change pour les exportateurs africains et pour l’industrie
Le ministère chinois du Commerce avance un premier bilan chiffré. Du lancement de la politique tarifaire jusqu’en mars dernier, les importations chinoises venant des PMA africains ont atteint 21,42 milliards de dollars, en hausse de 15,2% sur un an. Pour les producteurs, un droit de douane à 0% veut dire un prix final potentiellement plus compétitif, donc un accès plus facile à un marché qui achète beaucoup et sur des volumes élevés.
L’ambassadeur d’Éthiopie en Chine, Tefera Derbew, estime que cette mesure peut élargir la place des produits « présentant des caractéristiques africaines » sur le marché chinois, et soutenir l’industrialisation en Afrique. La logique économique est simple : vendre davantage, surtout si les produits sont transformés, peut pousser des investissements locaux et des emplois, au lieu de se limiter aux exportations brutes.
Cheikh Tidiane Ndiaye, ancien rédacteur en chef de l’Agence de presse sénégalaise, y voit un appui à l’exportation de produits à plus forte valeur ajoutée. Son argument est qu’un accès facilité au marché chinois peut encourager des filières qui transforment sur place, car la transformation permet de capter une part plus élevée du revenu.
La Chine dit aussi accompagner ce tarif zéro par des mesures pratiques. Elle met en avant des « canaux verts » pour des produits agricoles africains, la facilitation de la participation des entreprises africaines à de grands salons comme la CIIE (Exposition internationale d’importation de la Chine) et la CISCE (Exposition internationale des chaînes d’approvisionnement de la Chine). L’objectif affiché est de simplifier les démarches commerciales et de connecter les producteurs à des acheteurs, en Chine et au-delà.
Pékin rappelle enfin le cadre plus large des échanges. La Chine est présentée comme le premier partenaire commercial de l’Afrique depuis 16 ans. Depuis le sommet du Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA) tenu l’an dernier à Beijing, la Chine indique avoir fourni environ 17,12 milliards de yuans de financement commercial pour soutenir les exportations africaines. Elle dit aussi avoir signé 22 protocoles avec 18 pays africains sur l’exportation de produits agricoles vers la Chine, et mentionne l’enregistrement en Chine de plus de 2 400 entreprises alimentaires venant de 53 pays et régions africains.
Sur l’investissement, Pékin avance d’autres chiffres. Du sommet du FCSA de septembre 2024 à fin mars 2025, les entreprises chinoises auraient investi 13,38 milliards de yuans supplémentaires en Afrique. La Chine indique aussi avoir accordé 2,08 milliards de yuans de prêts couvrant 19 industries, au bénéfice d’environ 350 PME, avec environ 4 500 emplois créés.
Pour Humphrey Moshi, directeur du Centre d’études chinoises de l’Université de Dar es-Salam, l’enjeu va au-delà des exportations : « Les priorités de développement du continent passent de l’exportation de matières premières à la production à valeur ajoutée ». Son idée est que la relation évolue vers une coopération industrielle plus profonde, où la création de valeur compte autant que le volume du commerce.
Au Sénégal, Mabouba Diagne, ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, insiste sur le même axe. Il estime que le partenariat ne doit pas se limiter à l’achat de produits, mais viser l’industrialisation et la transformation, avec la Chine comme partenaire capable d’appuyer la modernisation agricole.
Source : french.news.cn
— M. KOSI



