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La RDC utilise le Comesa pour défendre ses recettes et accélérer la numérisation du commerce

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À Lusaka, lors de la 46e réunion du Conseil des ministres du Comesa, la République démocratique du Congo a recentré le débat sur deux leviers concrets, le respect strict des règles d’origine des produits et la dématérialisation des procédures via le Guichet unique du commerce extérieur. Derrière ces positions, l’objectif est clair, sécuriser les recettes publiques et fluidifier les échanges dans un marché régional qui regroupe 21 pays.

Règles d’origine, recettes fiscales et guichet unique, ce que vise vraiment Kinshasa

Devant ses homologues du Marché commun de l’Afrique orientale et australe, le ministre congolais du Commerce extérieur, Julien Paluku, a insisté sur les règles d’origine. Ces règles servent à déterminer si un produit provient réellement d’un pays membre du Comesa et s’il peut profiter des allègements tarifaires prévus dans la zone. Quand elles sont appliquées de manière rigoureuse, elles limitent le détournement de trafic, par exemple des marchandises importées d’Asie ou d’Europe qui seraient simplement réétiquetées dans un pays membre avant d’entrer sur le marché régional.

Pour la RDC, le message est double. D’un côté, protéger l’industrie locale face à des importations qui se présenteraient à tort comme des produits de la région. De l’autre, sécuriser la base fiscale, car une mauvaise application des règles d’origine peut réduire les droits de douane perçus et fausser la concurrence entre États. Dans un contexte où chaque point de pourcentage de recettes administré par les douanes compte dans l’équilibre budgétaire, la position congolaise est loin d’être théorique.

Julien Paluku a aussi mis en avant le chantier interne ouvert à Kinshasa, la numérisation des procédures du commerce extérieur. Il a rappelé aux États membres que la RDC s’appuie déjà sur un Portail d’Informations Commerciales, le PIC, conçu avec le soutien de la CNUCED, et qu’elle étend l’usage du Guichet unique intégral du commerce extérieur, le GUCE. Concrètement, ce système vise à regrouper sur une plateforme les différentes étapes liées aux opérations d’importation et d’exportation, licences, certificats, déclarations, paiements.

Sur le terrain, la montée en puissance du GUCE doit réduire les délais de traitement, limiter les contacts physiques entre opérateurs et administrations, et donc diminuer le risque de pratiques informelles. Pour un pays comme la RDC, où la facture logistique et les lenteurs aux frontières pèsent sur les coûts des entreprises, la dématérialisation devient un outil de compétitivité autant qu’un instrument de transparence.

La réunion de Lusaka ne s’est pas limitée à la position congolaise. Les 21 États membres du Comesa ont réaffirmé leur volonté de renforcer les infrastructures régionales qui soutiennent le commerce, notamment les postes frontaliers à arrêt unique. Dans ce modèle, les administrations des deux pays voisins contrôlent les marchandises au même site, ce qui évite les files d’attente successives et réduit le temps passé aux frontières. Ce type d’outil est essentiel si l’on veut que les préférences tarifaires régionales se traduisent réellement par une baisse des coûts pour les opérateurs.

Les ministres ont aussi validé un cadre de travail pour la période 2026 à 2030. Ce plan couvre un large spectre, commerce et douanes, transport, technologie, agriculture, environnement, ressources naturelles et industrie pharmaceutique. L’idée est de coordonner les politiques publiques dans ces domaines afin de soutenir les chaînes de valeur régionales, avec l’appui des partenaires techniques et financiers. Pour la RDC, qui cherche à mieux valoriser ses matières premières et à développer son industrie, ces chantiers peuvent offrir des leviers supplémentaires, à condition de s’arrimer réellement aux programmes régionaux.

La délégation congolaise présente à Lusaka illustre d’ailleurs cette approche transversale. Aux côtés du ministre du Commerce extérieur et de l’ambassadeur de la RDC en Zambie, figuraient des experts de plusieurs institutions, ministère de l’Intégration régionale, ministère de la Jeunesse, Banque centrale du Congo, Fonds de promotion de l’industrie et Autorité de régulation et de contrôle des assurances. La politique commerciale et l’intégration régionale ne sont plus vues uniquement comme un dossier douanier, elles touchent la politique monétaire, le financement de l’industrie et la régulation des risques.

En remettant au centre les règles d’origine et la numérisation des procédures, Kinshasa utilise le cadre du Comesa pour défendre ses marges de manœuvre fiscales et améliorer l’environnement des affaires. La manière dont ces engagements seront appliqués au cours des prochaines années dira si le commerce régional devient un véritable relais de croissance pour l’économie congolaise.

M. KOSI,

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