Un investissement massif pourrait transformer le potentiel énergétique du lac Kivu. L’entreprise américaine Symbion Power LLC, installée à New York, a annoncé son intention de mobiliser 700 millions USD pour exploiter le gaz méthane côté congolais et le convertir en électricité. Ce projet, évoqué lors d’un entretien avec son directeur général Paul Hinks, s’inscrit dans la mise en œuvre d’un accord d’intégration économique conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis.
Le plan prévoit l’installation d’une centrale au gaz de 140 mégawatts, accompagnée de lignes de transmission longeant la frontière avec le Rwanda. Mais la concrétisation reste suspendue à un préalable sensible : l’amélioration de la sécurité dans l’Est du pays. Le dirigeant de Symbion l’a confirmé : la présence de groupes armés dans le Nord-Kivu et l’Ituri, ainsi que l’instabilité autour de Goma, freine le démarrage des travaux. Initialement, la société envisageait une unité de plus petite capacité directement sur le lac, mais la persistance du conflit a repoussé le calendrier.
Symbion n’en demeure pas moins ambitieux. Au-delà du lac Kivu, l’entreprise entend développer une ligne électrique estimée à 1,5 milliard USD, via sa filiale Hydro-Link, reliant l’Angola à la ceinture minière du cuivre et du cobalt en RDC. S’y ajoutent plusieurs projets hydroélectriques portés par sa branche MyHydro, destinés à alimenter des zones enclavées. Cette approche régionale vise à renforcer la connectivité énergétique et soutenir les pôles industriels, notamment dans le secteur minier.
L’expérience de Symbion dans la région n’est pas nouvelle : l’entreprise avait déjà construit deux centrales similaires du côté rwandais du lac Kivu, cédées en 2019. Pour la RDC, la construction de la future centrale et des infrastructures de transport d’électricité nécessiterait environ 30 mois une fois les conditions réunies.
Le financement d’une telle opération passerait par des partenariats institutionnels, notamment avec la Société américaine de financement du développement international et la Banque d’import-export des États-Unis. Mais sur le terrain, la donne sécuritaire reste la clé : la ville de Goma, qui pourrait être le principal bénéficiaire de cette énergie, est aujourd’hui partiellement isolée par les positions du M23, appuyé par le Rwanda.
Si les obstacles sont levés, ce projet pourrait non seulement réduire la dépendance énergétique de l’Est de la RDC mais aussi participer à la stabilisation économique d’une région où l’électricité demeure un levier de relance industrielle et sociale.
— Peter MOYI

