La République démocratique du Congo poursuit sa stratégie de formalisation de l’exploitation minière artisanale du cobalt. L’Entreprise Générale du Cobalt (EGC), société publique chargée de l’encadrement et de la commercialisation du cobalt issu de l’exploitation artisanale, a lancé un programme visant à intégrer progressivement les mineurs artisanaux dans un cadre légal et contrôlé.
L’initiative repose sur la création de zones d’exploitation dédiées, appelées « carrés miniers », où les coopératives artisanales peuvent exercer leurs activités sous supervision, dans le respect des normes de sécurité, de traçabilité et de gouvernance. L’objectif est de réduire l’exploitation informelle qui continue de représenter une part importante de la production nationale.
Les chiffres illustrent l’ampleur du défi. Selon les estimations du secteur, près de 3 millions de mineurs artisanaux exercent leurs activités à travers la RDC, dont 1,5 à 2 millions directement impliqués dans la filière du cobalt. Cette exploitation artisanale contribuerait entre 15 % et 30 % de la production nationale de cobalt, faisant d’elle un acteur incontournable du marché mondial.
Toutefois, l’absence d’encadrement suffisant favorise les circuits informels et les activités illégales. Les autorités estiment que la contrebande et les exportations non déclarées pourraient priver l’État congolais d’environ 1 milliard de dollars de recettes chaque année, tout en alimentant les préoccupations internationales liées à la traçabilité des minerais.
Dans ce contexte, EGC a signé en février dernier son premier accord opérationnel avec Eurasian Resources Group (ERG). Cet accord permet à l’entreprise publique de disposer de droits d’exploitation sur une zone spécifique située dans la province du Lualaba afin d’y développer un projet pilote de formalisation.
Le programme vise à améliorer les conditions de travail des exploitants artisanaux, à réduire les risques liés à l’exploitation informelle et à renforcer la transparence dans la commercialisation du cobalt. Les minerais extraits dans ces zones doivent pouvoir être tracés depuis leur production jusqu’à leur exportation.
L’initiative pourrait également contribuer à réduire les tensions récurrentes entre exploitants artisanaux et sociétés minières industrielles. Dans plusieurs concessions, les intrusions de creuseurs artisanaux constituent une source régulière de conflits, de risques sécuritaires et de pertes économiques pour les opérateurs.
Selon Eric Kalala, directeur général d’EGC, la formalisation constitue l’une des réponses possibles à cette problématique. Plutôt que de chercher à exclure systématiquement les mineurs artisanaux des zones minières, l’approche consiste à leur offrir un cadre légal leur permettant de travailler dans des espaces identifiés et contrôlés.
L’entreprise publique poursuit désormais des discussions préliminaires avec d’autres groupes miniers, notamment Chengtun Congo Resources et Virtus Minerals, afin d’étendre ce modèle à de nouveaux sites.
Pour les analystes du secteur, cette stratégie pourrait devenir un modèle de partenariat entre l’État, les opérateurs industriels et les communautés minières. Les entreprises apporteraient les espaces d’exploitation et les garanties de sécurité, tandis que l’État assurerait la régulation et l’accès au marché. Les exploitants artisanaux bénéficieraient quant à eux d’un statut légal et de meilleures conditions d’exploitation.
Le principal défi reste toutefois le passage à l’échelle. Le succès du programme dépendra de la capacité d’EGC à multiplier les partenariats, à accroître les volumes de cobalt artisanal traçable et à réduire progressivement la part des circuits informels.
Dans un contexte où la demande mondiale de cobalt demeure soutenue par l’industrie des batteries et de la mobilité électrique, la formalisation de l’exploitation artisanale apparaît comme un enjeu économique, social et stratégique pour la RDC, premier producteur mondial de ce minerai critique.
Par M. KOSI





