La République démocratique du Congo a décidé de restreindre ses exportations de cobalt, provoquant une hausse immédiate des prix mondiaux. Début 2025, la valeur de ce minerai indispensable aux batteries est passée de 10 à près de 25 dollars la livre, mettant en difficulté les usines chinoises qui dépendent du sous-sol congolais.
La Chine occupe une place centrale dans la fabrication des batteries pour voitures électriques. En 2024, elle a traité 78 % du cobalt mondial dans ses usines. Mais le pays possède très peu de gisements sur son propre territoire. Pour transformer ce métal, Pékin doit donc importer massivement la matière première depuis la RDC. En suspendant temporairement les exportations l’an dernier, puis en imposant des quotas, Kinshasa a freiné cet approvisionnement.
Un quota est une limite de quantité que le gouvernement autorise à la vente sur une période donnée. Pour le dernier trimestre de l’année 2025, les autorités congolaises ont plafonné les sorties à 18 125 tonnes. Pour l’année 2026, la limite est fixée à 96 600 tonnes. Sur ce volume, l’État a décidé de mettre de côté 10 % de la production pour constituer une réserve stratégique, une sorte de stock de sécurité pour le pays. Ces nouvelles règles ont fortement ralenti le transport : le premier camion circulant sous ce nouveau régime n’a pris la route qu’en janvier dernier.
Une bataille entre grandes puissances pour les mines congolaises
Le marché mondial a réagi très vite à ce manque de marchandises. Pour éviter la panne sèche, les entreprises chinoises piochent désormais dans leurs stocks de secours. Rien qu’à la fin du mois de janvier, plus de 3 250 tonnes de cobalt ont été retirées des entrepôts de la bourse de Wuxi, en Chine. Le stress des acheteurs se voit aussi à travers le « taux payable ». Il s’agit de la part du prix final que les usines acceptent de payer aux mineurs pour obtenir la matière brute. Ce taux a atteint 100 %, ce qui signifie que les acheteurs sont prêts à payer le prix fort, sans aucune réduction, pour être certains d’être servis.
D’autres pays, comme l’Indonésie, essaient de produire davantage de cobalt pour profiter de cette situation. Mais selon les analystes, cela ne suffira pas à compenser les limites imposées par la RDC cette année. En parallèle, les États-Unis renforcent leur présence en Afrique centrale pour concurrencer l’influence de Pékin. Washington a récemment annoncé, via sa société de financement du développement, son intention d’aider le gouvernement congolais à vendre lui-même sa part de métaux. Les entreprises américaines auraient alors une priorité pour racheter ce cobalt.
Cette lutte pour les ressources passe aussi par les infrastructures. Un nouveau chemin de fer, appelé le corridor de Lobito, est en train de voir le jour pour relier les mines congolaises au port de Lobito en Angola, sur l’Océan Atlantique. Cette voie se présente comme une alternative directe aux routes déjà soutenues par la Chine vers l’Océan Indien. Cette situation montre que, malgré sa puissance industrielle, la Chine reste vulnérable. Elle a beau posséder les meilleures usines de raffinage, elle reste à la merci des décisions prises à Kinshasa concernant l’accès aux minerais.
— M. MASAMUNA

