Les membres de l’Opep+ doivent se réunir dimanche pour une hausse attendue de la production, alors que la guerre en Iran inquiète les marchés pétroliers. Le baril de Brent, référence internationale, dépasse déjà 72 dollars, contre 61 dollars en début d’année.
La réunion annoncée rassemble cinq pays de l’Opep (Arabie saoudite, Irak, Émirats arabes unis, Koweït, Algérie) et trois alliés (Russie, Kazakhstan, Oman). L’Iran n’y participe pas.
Les analystes anticipaient une hausse des quotas avant même le conflit déclenché samedi par des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran. Avec le début de la guerre, cette hausse paraît encore plus probable, car les risques sur l’offre augmentent.
Le point le plus sensible, c’est le détroit d’Ormuz. Cette voie maritime, à l’entrée du Golfe, voit passer environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole. Si les tensions perturbent durablement la navigation, une partie du brut peut ne plus atteindre les marchés. La production iranienne est aussi touchée par le conflit, ce qui ajoute de l’incertitude.
Depuis le début de 2025, l’offre a déjà été sous pression pour d’autres raisons. Giovanni Staunovo, analyste chez UBS, cite le froid aux États-Unis en janvier, avec des arrêts temporaires de production. Il mentionne aussi des perturbations en Russie liées aux attaques de drones ukrainiens, ainsi qu’au Kazakhstan, où une panne de courant a affecté le champ pétrolier de Tengiz.
Dans ce contexte, les cours ont intégré une « prime de risque géopolitique ». Même avant la guerre, le Brent était monté au-dessus de 72 dollars.
Pourquoi l’augmentation prévue pourrait peser peu sur les prix
Avant les frappes de samedi sur l’Iran, le marché attendait une hausse des quotas de 137 000 barils par jour. Un quota, c’est une limite de production fixée par les pays producteurs pour gérer l’offre et influencer les prix. Mais avec une guerre qui menace les routes d’exportation, une hausse de cette taille pourrait avoir un effet limité sur les cours.
Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler, estime que les prix pourraient dépasser 120 dollars si le conflit dure et s’étend dans la région. Un scénario pèse plus lourd que les annonces de quotas : une fermeture du détroit d’Ormuz. Cela retirerait environ 20 millions de barils par jour du marché, un choc immédiat pour l’offre mondiale.
Les alternatives sont rares. Selon l’Agence américaine de l’Énergie, seuls l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent d’un réseau d’oléoducs permettant de contourner Ormuz, mais la capacité reste limitée à 2,6 millions de barils par jour. Une autre inconnue demeure : la capacité des pétroliers à continuer d’emprunter le canal de Suez.
Malgré la guerre, il n’est pas certain que l’Opep+ annonce dimanche une hausse de quotas supérieure aux 137 000 barils envisagés au départ. Homayoun Falakshahi évoquait avant le week-end une prudence possible : certains membres pourraient préférer attendre, pour mesurer l’impact réel du conflit sur les flux de pétrole.
Pour le cartel, ajouter des barils pourrait aussi servir une stratégie de parts de marché face à la concurrence d’autres producteurs, notamment les États-Unis, le Canada, le Brésil et le Guyana. Mais tous les pays n’ont pas les mêmes capacités pour produire plus.
Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, souligne que les pays capables d’augmenter réellement leur production sont surtout l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, puis, dans une moindre mesure, le Koweït et l’Irak. Les autres ont des marges limitées. La Russie, de son côté, a même eu tendance à réduire sa production depuis novembre. Homayoun Falakshahi estime qu’elle produit déjà au maximum et qu’elle a perdu des parts de marché, notamment en Inde.
Résultat possible : même si une hausse de 137 000 barils par jour est annoncée, la hausse réelle de la production pourrait être inférieure à la moitié, selon Jorge Leon.
— Joldie KAKESA

