La République démocratique du Congo conserve l’accès préférentiel au marché américain jusqu’au 31 décembre 2026. Le Congrès des États-Unis a renouvelé la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA), qui permet à la RDC d’exporter plus de 6 000 produits vers les États-Unis sans payer de droits de douane.
Pour le gouvernement congolais, cette décision prolonge une fenêtre commerciale importante. Le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a salué mercredi 4 février un choix qu’il présente comme un signal adressé à Kinshasa, dans un contexte où le pays cherche à réduire sa dépendance aux matières premières minières et à élargir sa base d’exportation.
L’AGOA est un dispositif commercial américain qui offre à plusieurs pays africains un accès facilité à l’un des plus grands marchés de consommation au monde. Concrètement, les produits éligibles peuvent entrer aux États-Unis sans taxes douanières, ce qui les rend plus compétitifs face aux produits venant d’autres régions.
La RDC figure parmi les pays bénéficiaires et dispose, selon le ministère du Commerce extérieur, d’une liste de 26 produits prioritaires identifiés comme ayant un potentiel immédiat à l’exportation.
Un levier pour l’agriculture et les exportations hors mines
Le gouvernement congolais insiste surtout sur les opportunités offertes au secteur agro-industriel. Cacao, café, huile de palme et autres produits agricoles transformés font partie des filières ciblées. L’enjeu est double. Il s’agit d’abord d’augmenter les recettes d’exportation hors secteur minier, puis de créer davantage de revenus dans les zones rurales.
« Nous lançons un appel à nos opérateurs économiques : le cacao, le café, l’huile de palme et bien d’autres produits sont concernés. Cela permet à nos populations de revenir aux sources, de revenir aux champs pour cultiver davantage. Aujourd’hui, le marché américain est à la disposition des Congolais pour écouler leurs produits », a déclaré Julien Paluku.
Pour un producteur ou un transformateur congolais, l’AGOA signifie un accès à un marché de plusieurs centaines de millions de consommateurs, avec des prix plus attractifs grâce à l’absence de taxes à l’entrée. Mais cet avantage reste conditionné à plusieurs facteurs : qualité des produits, régularité de l’approvisionnement, respect des normes sanitaires et capacité logistique.
Sur ce dernier point, les autorités reconnaissent que l’accès au marché américain ne suffit pas. Encore faut-il être capable d’acheminer les marchandises dans de bonnes conditions et à des coûts maîtrisés.
C’est dans ce contexte que le ministre du Commerce extérieur a également évoqué l’avancement des grandes infrastructures de transport, en particulier le port en eau profonde de Banana, dans le Kongo Central.
Lors d’une mission à Dubaï, Julien Paluku a rencontré les dirigeants de DP World, concessionnaire du port. Selon les informations communiquées à l’issue de cette rencontre, les travaux évoluent conformément au calendrier fixé.
La première phase du port devrait être achevée d’ici la fin de l’année 2026. Cette étape permettra l’accostage des premières grandes cargaisons et une meilleure fluidité du commerce extérieur. Aujourd’hui, une grande partie des exportations et importations congolaises transite encore par les ports de pays voisins, ce qui augmente les coûts et allonge les délais.
La mise en service progressive du port de Banana vise donc à réduire cette dépendance logistique. Pour les exportateurs, notamment agricoles, cela pourrait se traduire par des délais plus courts, des frais de transport plus prévisibles et une meilleure compétitivité sur les marchés internationaux.
Le renouvellement de l’AGOA intervient aussi à un moment où la RDC se prépare à accueillir le prochain Forum AGOA. Cette rencontre rassemble gouvernements, entreprises et investisseurs autour des échanges commerciaux entre l’Afrique et les États-Unis.
Pour les autorités congolaises, la combinaison d’un accès préférentiel maintenu au marché américain et d’infrastructures portuaires en cours de modernisation doit renforcer la place des produits congolais à l’exportation. L’objectif affiché est clair : réduire le déficit commercial observé en dehors du secteur minier et donner plus de poids aux filières agricoles et industrielles locales dans les échanges internationaux.
— Joldie KAKESA

