Les marchés de Bunia voient le prix du haricot plonger, un soulagement rare pour les familles

Partager

La scène n’est pas passée inaperçue : les étals de haricots au marché central de Bunia attirent désormais bien plus de clients. Depuis quelques jours, la mesure de 10 kilos, appelée localement « Bomba« , s’échange entre 23 000 et 30 000 FC, loin des tarifs qui grimpaient parfois à 50 000 FC il y a encore quelques semaines. Derrière cette baisse, un retour progressif des récoltes dans les principales zones agricoles de l’Ituri — Bule, Fataki et Nioka — couplé à une trêve dans les violences qui, depuis longtemps, perturbent le quotidien des cultivateurs.

Esther Furaha, qui vend ces légumineuses depuis plusieurs années, confirme ce retournement : « On voit la différence dès l’arrivée des nouveaux sacs sur le marché. Les ménages respirent enfin un peu. » L’embellie, bien que fragile, tranche avec la période récente où la population, confrontée à l’insécurité, devait se tourner vers les haricots importés d’Ouganda, souvent plus chers et moins appréciés localement.

Le haricot, aliment de base dans l’Ituri, retrouve donc un prix abordable. Mais l’équilibre reste précaire. D’autres produits essentiels s’envolent, et la liste n’est pas courte. L’oignon, par exemple, coûte désormais 5 000 FC le kilo contre 3 000 FC auparavant ; l’ail, lui, atteint 15 000 FC alors qu’il plafonnait à 10 000 FC il y a peu. Francine Atimnedi, une autre commerçante du marché, enchaîne les regrets : « Beaucoup d’agriculteurs ne peuvent pas accéder à leurs champs. La peur plane dans les zones comme Largu, Tche ou encore autour de Fataki et Kpadroma. Quand les récoltes locales ne suivent plus, tout le monde paie le prix fort. »

Cette double tendance, chute du haricot d’un côté, flambée des autres produits de l’autre, illustre la fragilité de la sécurité alimentaire dans l’est de la RDC. Les experts de la FAO le rappellent régulièrement : l’offre agricole reste extrêmement sensible aux aléas sécuritaires, et la moindre perturbation se répercute aussitôt sur le panier de la ménagère. À Bunia, certains y voient un motif d’espoir, d’autres n’osent pas se réjouir trop vite. Le climat d’accalmie tiendra-t-il assez longtemps pour permettre une véritable stabilisation des prix ?

L’Ituri, comme d’autres provinces touchées par les conflits, vit au rythme des marchés. Le moindre rebond, qu’il soit positif ou négatif, se traduit dans les assiettes et dans les discussions du matin. Pour l’instant, le haricot apaise, mais la vigilance reste de mise.

— M. KOSI

En savoir +

A la Une