Les accusations portées par la coalition Congo n’est pas à vendre (CNPAV) sur la gestion du projet Mutanda Mining n’ont pas tardé à susciter la réaction de Ventora Développement, l’entreprise associée à Dan Gertler. À peine le rapport publié, le groupe a tenu à remettre les pendules à l’heure, dénonçant une lecture « partiale » des faits et un manque de rigueur analytique. Ce nouvel épisode ravive le débat sur la transparence des cessions minières en République démocratique du Congo, secteur dont les enjeux économiques restent considérables.
Dans une note transmise à la rédaction, Ventora Développement ne mâche pas ses mots : pour la société, la méthodologie du CNPAV serait biaisée, reposant surtout sur des publications anciennes, sans confrontation avec des expertises externes et indépendantes. Le point d’achoppement important? L’absence, dans le rapport, de toute référence à l’évaluation conduite par la BNP Paribas pour le compte de la Gécamines en 2010 : un audit qui aurait pourtant validé la transparence de la transaction et fixé un prix supérieur à celui retenu par la coalition pour estimer les pertes présumées.
Ventora insiste : « l’analyse de la CNPAV ne tient pas compte des évaluations professionnelles réalisées à l’époque, ni des procédures mises en œuvre pour garantir la conformité de la cession.» Une prise de position qui relance une question récurrente dans le secteur extractif congolais : sur quelles bases les organisations indépendantes construisent-elles leurs dénonciations ? Et à qui profite ce flou méthodologique ?
Le contexte n’a rien d’anodin. Ventora Développement reste sous le regard de la société civile, en raison de son lien avec Dan Gertler, personnage longtemps sanctionné à l’international, avant de retrouver un accord avec l’État congolais en 2022. Malgré cette réputation sulfureuse, le groupe met en avant son engagement auprès des autorités et rappelle que le projet Mutanda Mining, spécialisé dans le cuivre et le cobalt, a permis l’afflux de capitaux importants. Plus d’un milliard de dollars auraient été reversés à l’État sous forme de taxes et de redevances, sans oublier des milliers d’emplois créés dans la province du Lualaba.
L’affaire ne s’arrête pas là. Ventora pointe l’absence de concertation : selon elle, aucune rencontre n’a été possible avec le CNPAV, malgré plusieurs sollicitations. Le groupe s’étonne que la coalition ait pu livrer ses conclusions sans dialogue préalable, ni recueil d’avis contradictoires. « Nous attendons que le débat se fasse sur la base de faits vérifiables, non sur des suppositions », peut-on lire dans le communiqué, qui se conclut par un appel à la prudence face aux chiffres avancés par les ONG.
L’enjeu de fond reste l’évaluation des actifs miniers. Alors que la RDC cherche à maximiser la valeur de ses ressources naturelles, la divergence des analyses, l’opacité de certains rapports et la méfiance entre acteurs compliquent le débat public. Comme le souligne une étude récente de l’EITI (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives), « la qualité de l’information et l’inclusion des parties prenantes sont deux conditions-clés pour restaurer la confiance autour des contrats miniers ».
Difficile, dans ce contexte, de trancher définitivement la controverse. Ce qui est sûr, c’est que chaque nouveau rapport ravive les tensions et renforce la nécessité d’une expertise indépendante et partagée, condition indispensable à une gestion plus transparente du secteur minier congolais.
— M. KOSI


