La Première ministre Judith Suminwa a demandé, jeudi, d’accélérer l’exécution du Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T) et de sécuriser des financements « innovants » pour achever les infrastructures prioritaires d’ici 2026, comme l’a ordonné le président Félix Tshisekedi. L’appel a été lancé lors de la 4e réunion du Comité de coordination, selon un communiqué transmis à ACP.
Derrière le discours sur la « transformation structurelle » du pays, un enjeu domine : l’argent. Le gouvernement reconnaît des retards et des contraintes financières. Autrement dit, le calendrier politique affiche une date, mais la trésorerie et les décaissements ne suivent pas au rythme attendu.
Dans le texte du communiqué, la Cheffe du gouvernement rappelle que le PDL-145T repose sur quatre blocs qui doivent avancer ensemble : des infrastructures socio-économiques de base, la relance des économies locales, le renforcement de la gouvernance locale et un système de suivi-évaluation géoréférencé, censé permettre de localiser les ouvrages et de vérifier leur état d’avancement.
La question est simple : comment financer vite et bien, sans créer un désordre budgétaire, ni multiplier des chantiers qui s’arrêtent faute de paiements ? C’est ici que l’angle monétaire et financier devient central.
Un programme de cette taille dépend d’abord de la capacité de l’État à mobiliser des ressources et à les transformer en dépenses d’investissement réelles. Si les rentrées publiques ne couvrent pas les besoins, deux options reviennent souvent : accroître l’endettement ou chercher des appuis extérieurs. Dans les deux cas, la crédibilité du pilotage compte. Car les bailleurs, les agences d’exécution et les partenaires regardent un point précis : la qualité des données, la clarté des priorités et la transparence des paiements.
La Première ministre appelle donc chaque acteur à s’impliquer « avec responsabilité et esprit de résultat », pour que les décisions prises réorientent et accélèrent la mise en œuvre du PDL-145T. Son message vise aussi les mécanismes de financement : il faut trouver des solutions nouvelles pour « sécuriser » l’argent, c’est-à-dire éviter les promesses non suivies de décaissements, et limiter les écarts entre ce qui est annoncé et ce qui est payé.
Financement, gouvernance, données : la chaîne qui bloque les chantiers
Le ministre d’État au Plan, Guylain Nyembo, chargé du compte rendu des travaux, insiste sur une approche concertée pour « remettre le programme sur les rails ». Il veut associer députés et sénateurs pour cadrer l’évaluation des ouvrages et éviter que « des critiques partent dans tous les sens ». Son idée revient à un principe de base de la dépense publique : une même réalité doit produire une même information, sinon le contrôle est impossible et la décision devient politique plutôt que technique.
Dans un programme financé par plusieurs canaux, l’harmonisation des données est un enjeu de gouvernance, mais aussi un enjeu financier. Si les chiffres sur l’état des travaux diffèrent selon les acteurs, la chaîne de paiement se grippe : on discute du diagnostic au lieu d’exécuter. Et quand la dépense d’investissement est ralentie, la tentation existe d’aller chercher des solutions rapides, parfois coûteuses, parfois mal structurées.
Le communiqué annonce des « travaux techniques » immédiats entre Parlement, gouvernement et agences d’exécution pour harmoniser les données, les terminologies et l’évaluation des ouvrages. C’est un point clé : dans la logique de la politique économique, l’État doit pouvoir dire exactement ce qui est terminé, ce qui est en cours, ce qui est bloqué, et pourquoi.
Autre décision : organiser une descente conjointe sur le terrain pour constater « de visu » l’état des réalisations et régler les divergences d’appréciation. Là encore, le message est clair : sans diagnostic partagé, impossible de prioriser, impossible d’ordonner les paiements, impossible de défendre le programme face aux critiques.
Le PDL-145T est exécuté par trois agences : PNUD, BCECO et CFEF. Cette architecture peut accélérer l’exécution si les rôles sont nets et si l’information circule. Elle peut aussi créer des frictions si chaque acteur travaille avec ses propres critères, ses propres circuits et ses propres calendriers.
Le texte évoque aussi un « gap budgétaire ». Le terme signifie qu’il existe un écart entre les besoins financiers du programme et les ressources disponibles. Combler cet écart peut passer par plusieurs pistes : meilleure mobilisation des recettes, réallocation de dépenses, appui de partenaires, ou instruments de financement mieux adaptés aux infrastructures. Chaque piste a une conséquence macroéconomique : plus de dette augmente les charges futures, plus de pression fiscale peut peser sur l’activité, et un financement monétaire mal calibré peut alimenter l’inflation et fragiliser la monnaie.
Même si le communiqué ne détaille pas les options, le signal envoyé est politique et financier : le gouvernement veut que le programme soit mieux gouverné, mieux communiqué et mieux suivi, afin de rendre les informations « uniques et fiables ». Ce choix de mots vise un objectif : restaurer la confiance autour de la dépense publique, condition nécessaire pour attirer des financements et les décaisser sans blocage.
Enfin, Lepoint.cd retient un point de méthode; Kinshasa tente de passer d’une phase d’annonce à une phase d’exécution contrôlée, où la coordination, la transparence et la traçabilité des ouvrages deviennent des instruments de politique économique. À l’approche de l’échéance 2026, l’enjeu n’est pas seulement de lancer des chantiers, mais de garantir que l’argent suit, que les paiements sont soutenables et que les infrastructures annoncées existent réellement sur le terrain.
— Peter MOYI

