L’arrêt de l’oléoduc Est-Ouest saoudien ne constitue plus seulement un risque logistique. Si l’infrastructure ne redémarre pas rapidement, jusqu’à 4 millions de barils par jour pourraient manquer au marché mondial. Les stocks disponibles à Yanbu permettraient de maintenir les exportations actuelles pendant seulement cinq à sept jours, alors que le Brent évolue désormais au-dessus de 107 USD. Pour la RDC, le risque se concentre sur le coût des carburants importés, le fret et les pertes supportées par l’État pour stabiliser les prix.
Le marché pétrolier entre dans une séquence où le temps de réparation de l’oléoduc saoudien devient presque aussi important que le prix du baril. L’Arabie saoudite a interrompu son pipeline Est-Ouest après une attaque de drones, privant temporairement le royaume de sa principale voie terrestre permettant de contourner le détroit d’Ormuz.
Cette infrastructure longue d’environ 1 200 kilomètres acheminait récemment près de 4 millions de barils par jour depuis l’est du pays vers le terminal de Yanbu, sur la mer Rouge. Si l’arrêt se prolonge, ce volume représente environ 4 % de l’offre mondiale de pétrole, selon des traders et acheteurs interrogés par Reuters.
Le point le plus sensible concerne désormais les stocks. Les volumes de brut disponibles à Yanbu permettraient de maintenir les exportations au rythme actuel pendant seulement cinq à sept jours, selon trois sources industrielles citées par Reuters. Riyad dispose également de réserves dans les terminaux égyptiens d’Ain Sukhna et Sidi Kerir, mais ces volumes ne remplaceraient que temporairement l’approvisionnement assuré par le pipeline.
L’incertitude reste élevée sur la durée de l’interruption. Certaines estimations évoquent un redémarrage partiel relativement rapide, tandis qu’une source estime que les réparations pourraient nécessiter cinq à six semaines. Les autorités saoudiennes n’ont pas encore communiqué de calendrier précis.
Le marché commence à intégrer ce risque physique. Lundi 14 septembre, le Brent gagnait 3,1 % à 107,82 USD le baril vers 12h18 GMT après avoir atteint 108,65 USD en séance. Il avait clôturé vendredi à 104,61 USD.
La marge de sécurité pétrolière se réduit
L’arrêt intervient alors que l’offre saoudienne était déjà fortement contrainte par la crise régionale. La production du royaume est tombée de 10,9 millions de barils par jour en février à 6,2 millions en août, son niveau le plus faible depuis plus de trois décennies selon les données rapportées par Reuters. L’Agence internationale de l’énergie prévoit désormais une contraction de 5,7 millions de barils par jour de l’offre mondiale en 2026, soit environ 6 %.
Le problème est aggravé par Ormuz. Avant le conflit, le détroit assurait le passage d’environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Le trafic reste actuellement très inférieur à ses niveaux habituels. Pendant le week-end, seuls quatre navires transportant des matières premières sont sortis du Golfe et dix y sont entrés, contre une moyenne récente de 14 passages par jour. Avant le début de la guerre le 28 février, Ormuz enregistrait environ 125 transits de navires par jour.
L’oléoduc Est-Ouest constituait justement l’une des principales solutions permettant à l’Arabie saoudite de continuer à exporter sans utiliser Ormuz. Sa fermeture réduit donc une capacité de contournement au moment même où elle est la plus nécessaire.
En RDC, le risque budgétaire existe déjà
Pour la République démocratique du Congo, le choc se transmet d’abord par les produits pétroliers raffinés importés. Le pays produit du brut, mais dépend largement de l’extérieur pour l’essence et le gasoil consommés sur son marché intérieur.
Cette exposition a déjà laissé une trace dans les comptes publics. Le Comité de suivi des prix des produits pétroliers a certifié 146,724 millions USD de pertes et manques à gagner au deuxième trimestre 2026, contre 43,732 millions au premier trimestre. La hausse atteint 235,5 %. Les zones Ouest et Nord représentaient à elles seules un peu plus de 110,4 millions USD.
Ces montants correspondent aux créances reconnues dans le mécanisme de stabilisation et non nécessairement au solde intégral encore dû aux opérateurs. Ils montrent néanmoins la sensibilité des finances publiques lorsque le coût réel d’approvisionnement augmente plus rapidement que le prix accepté à la pompe.
Le Gouvernement avait déjà relevé les prix en avril face à la hausse internationale. Dans la zone Ouest, le litre de gasoil était passé de 2 430 à 2 635 CDF et l’essence de 2 440 à 2 640 CDF, soit des augmentations proches de 8 %. Le ministère de l’Économie continue de publier des structures de prix actualisées pour les zones Ouest, Est et Sud.
À 107,82 USD, un Brent à 120 USD représenterait encore une hausse d’environ 11,3 %. Cela ne signifie pas que le prix congolais à la pompe augmenterait dans la même proportion, car la structure dépend aussi des cotations des produits raffinés, du fret, du taux de change, des taxes et des marges logistiques.
Pour la RDC, les prochaines données décisives seront donc le nombre de jours de stocks disponibles, le coût des prochaines cargaisons, les nouvelles structures de prix et l’évolution des pertes et manques à gagner. À l’échelle mondiale, les cinq à sept prochains jours permettront surtout de savoir si l’arrêt de l’oléoduc saoudien reste un choc temporaire ou commence à retirer physiquement plusieurs millions de barils du marché.
M. MASAMUNA









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