L’État congolais a identifié 240 ports à travers le pays comme non homologués et donc illégaux, mais plus d’un an après la décision de leur fermeture, rien n’a changé sur le terrain. Le ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba, a récemment ravivé ce dossier en adressant, le 8 mai, une lettre à son collègue de l’Intérieur. Objet : assurer un suivi administratif et politique de cette fermeture attendue.
Parmi les sites visés, la ville de Kinshasa compte neuf ports toujours actifs, en dépit de leur situation irrégulière. C’est notamment le cas des installations portuaires de Lomata, Moleka, Gecotra ou encore du port de Ngamanzo, situé à Maluku, dont l’exploitation continue au mépris des mesures ministérielles. Ngamanzo cristallise les tensions autour de la gestion des infrastructures portuaires privées et publiques.
Au cœur de ce conflit, une bataille de propriété vieille de plusieurs décennies. D’après des sources sécuritaires consultées par Lepoint.cd, Roger Mokolot, un particulier, affirme être propriétaire légal du port de Ngamanzo depuis 1976. Pourtant, en 2016, le site aurait été confisqué par l’ancien bourgmestre de Maluku, Papy Epiana, au profit de son entourage politique. Un détournement d’usage qui soulève des questions sur les mécanismes de gouvernance locale et la protection des droits fonciers dans les zones fluviales stratégiques.
En 2022, le parquet général près la cour d’appel de Matete aurait reconnu la légitimité de Roger Mokolot, rétablissant ainsi ses droits de propriété. Malgré cette décision judiciaire, le port est toujours contrôlé par l’administration municipale actuelle. Le drapeau congolais flotte au sommet du quai, les pirogues motorisées accostent librement et les traversées continuent. En clair, aucune fermeture n’a été appliquée.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon des estimations internes non publiées, les ports dits « non reconnus » représenteraient plus de 35 % des flux informels du transport fluvial intérieur en RDC. Leur régularisation ou fermeture constitue non seulement une question sécuritaire, mais aussi une perte de contrôle économique importante pour les finances publiques.
L’inaction prolongée des autorités interroge. À qui profite le maintien de ces structures ? Des sources proches du ministère évoquent des intérêts croisés entre certains services publics, des acteurs politiques locaux et des exploitants privés, dans un écosystème où le flou juridique sert de levier de négociation.
Selon des indiscrétions confirmées par des cadres administratifs, une cérémonie officielle de fermeture du port Ngamanzo serait imminente. Reste à savoir si cette initiative relèvera d’une opération de communication ou d’un véritable changement de gouvernance portuaire en RDC.
— Peter MOYI


