spot_img

RDC : Afriland First Bank privée d’un portefeuille de 12 milliards CDF de paie publique par mois

Partager

Près de 12 milliards de francs congolais de flux mensuels de paie publique changent de circuit bancaire. Selon un document de la DINACOPE daté du 14 novembre 2025, Afriland First Bank RDC perd la gestion des salaires des enseignants et des frais de fonctionnement des établissements scolaires dans cinq entités du pays, soit 29 513 agents et 2 039 écoles. Pour une banque, il s’agit d’un retrait direct de dépôts réguliers, de commissions récurrentes et d’un volume d’opérations qui servent souvent de base à la distribution de produits de crédit.

Concrètement, les opérations de Gemena Ville (Sud-Ubangi) sont transférées à FirstBank, celles d’Idiofa (Kwilu) à Equity BCDC, Tshikapa 1 (Kasaï) passe à FINCA, Yumbi (Maï-Ndombe) à IFOD, et Nyunzu (Tanganyika) à TMB. Cette redéfinition de la carte de la paie publique pour les enseignants fragilise la position d’Afriland sur un segment où la régularité des flux assure en général une source de liquidité stable et prévisible pour les banques commerciales.

Pour l’État, la décision est d’abord une réponse à un problème opérationnel : retards de paiement pouvant atteindre deux à trois mois, retenues jugées illégales, tracasseries aux guichets, paiements partiels ou étalés, manque de guichets ou de terminaux là où les enseignants se présentent, absence d’avantages bancaires pour cette clientèle captive. Dans un territoire comme Idiofa, l’intersyndicale des enseignants avait annoncé un arrêt de travail à partir du 7 novembre 2025 si la situation ne changeait pas. Le député national Boris Mbuku Laka a également saisi le ministre des Finances pour demander le transfert de la paie vers d’autres établissements.

Derrière ces dysfonctionnements, c’est la question de la qualité du service sur la paie publique qui est posée. Quand une banque ne parvient plus à assurer des paiements réguliers, elle expose l’État à des tensions sociales, et se trouve elle-même exposée à une perte de confiance sur l’ensemble de ses opérations avec le Trésor.

Paie des enseignants et arbitrage international : un dossier bancaire sous tension

Le retrait de ce portefeuille intervient dans un contexte déjà tendu pour Afriland First Bank CD. Depuis juillet 2021, la filiale est placée sous gouvernance provisoire par la Banque centrale du Congo (BCC), qui a repris la main sur sa gestion. Cette situation limite la marge de manœuvre des anciens actionnaires sur la stratégie commerciale et la politique de risques.

Le 12 septembre 2025, Afriland First Group, basé hors RDC, a publié un communiqué pour se dissocier de la filiale congolaise. Le groupe affirme que la banque en RDC est intégralement gérée par le gouvernement et accuse les autorités de vouloir « déposséder » les actionnaires d’origine. Dans la foulée, Afriland First Group indique avoir engagé, depuis août 2023, une procédure devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) afin de contester les mesures prises par l’État congolais.

Sur le plan financier, la perte de la paie des enseignants dans ces cinq entités signifie pour Afriland une réduction immédiate de ressources à court terme (dépôts de salaires, circulation d’espèces), une baisse des commissions sur retraits et transferts, ainsi qu’une diminution des opportunités de distribution de crédits adossés aux flux salariaux. Pour les banques qui récupèrent le portefeuille – FirstBank, Equity BCDC, FINCA, IFOD et TMB – l’enjeu est de démontrer une capacité opérationnelle suffisante : réduire les files, éviter les retards, multiplier les points de service et fournir des services basiques (cartes, comptes courants, épargne) à une clientèle nombreuse mais à faible revenu unitaire.

Pour les enseignants, la priorité reste simple : un salaire versé à date fixe, accessible sans retenues contestées ni frais imprévisibles, dans un point de service raisonnablement proche de l’école ou du lieu de résidence. La manière dont les nouvelles banques géreront ces flux dira beaucoup de la solidité du dispositif de bancarisation de la paie publique en RDC, dans un système financier encore très dépendant du cash et des circuits manuels.

M. KOSI

En savoir +

A la Une