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RDC : Plus de 7,2 millions de déplacés poussent le gouvernement et la BAD à revoir 1,5 milliard USD d’aides

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La RDC et la Banque africaine de développement s’accordent sur une nouvelle grille d’intervention. Au cœur des échanges : les populations déplacées, la pression budgétaire accrue et la nécessité de maintenir le cap sur les objectifs de développement.

Jeudi 17 avril à Kinshasa, le Vice-Premier ministre chargé de l’Économie, Guylain Nyembo, a reçu une délégation de la BAD dirigée par Solomane Koné, représentant-pays de l’institution panafricaine. L’entretien a porté sur une révision ciblée des actions prioritaires dans un contexte fortement détérioré par la crise sécuritaire à l’Est du pays. Face à l’ampleur des déplacements internes — estimés à plus de 7,2 millions de personnes selon l’OCHA — et à l’essoufflement de certains mécanismes de réponse humanitaire, les deux parties ont insisté sur une approche plus pragmatique et inclusive.

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Le gouvernement veut davantage d’efficacité. Financer les routes, les infrastructures de base, mais aussi injecter directement dans les projets à fort impact communautaire. L’idée n’est plus uniquement de bâtir des ponts ou des centrales, mais de soutenir des écosystèmes capables d’amortir les chocs et de générer des revenus stables, notamment dans les zones de conflit. À ce titre, des modèles de micro-finance rurale, des projets agropastoraux à court terme ou encore l’extension des zones de libre-échange internes ont été évoqués.

« Soulager les populations, tout en leur permettant de reconstruire leur autonomie économique », a résumé Solomane Koné. Une ligne qui rejoint les orientations du Plan national de développement 2024-2028, en cours de finalisation, et dont la composante stabilité territoriale pourrait être ajustée pour mieux répondre à la guerre d’usure imposée par les groupes armés.

La BAD, qui a déjà engagé plus de 1,5 milliard de dollars en RDC sur la dernière décennie, se montre ouverte à une reprogrammation partielle de ses décaissements pour renforcer les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’agriculture dans les régions affectées. Un effort d’équilibrage entre urgence et long terme est envisagé, quitte à revoir les calendriers d’exécution de certains projets à visée plus macroéconomique.

La rencontre a aussi permis de discuter des conditions de gouvernance liées à l’efficacité de l’aide. À ce sujet, Kinshasa insiste sur le respect des engagements mutuels, la transparence dans l’allocation des ressources, mais aussi l’adaptabilité des financements dans un contexte de guerre. La BAD, de son côté, a rappelé son intérêt pour les cofinancements triangulaires, notamment avec d’autres bailleurs comme l’Union européenne ou la Banque mondiale.

Dans l’immédiat, la priorité reste d’absorber la pression démographique exercée sur certaines villes de l’Est, tout en évitant une rupture sociale. Cela suppose de conjuguer actions humanitaires rapides et investissements structurants de proximité. Une coordination renforcée avec les acteurs locaux est donc attendue dans les prochaines semaines.

L’économie congolaise ressemble, selon une formule utilisée par Jeune Afrique, à « un moteur lancé sur une route sablonneuse ». Le défi de l’heure : maintenir cette machine en marche, sans l’abîmer sur les ornières de la crise.

— M. KOSI

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