Les signaux économiques de la République démocratique du Congo affichent une vitalité remarquable, mais les fondations restent fragiles. En 2024, le pays a enregistré une croissance du PIB estimée à 6,5 %, grâce à la solidité du secteur minier. Cette dynamique devrait se maintenir au-dessus des 5 % en 2025, selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI). Pourtant, cette performance masque des déséquilibres grandissants, alimentés par l’escalade du conflit armé à l’Est, qui détourne massivement les ressources publiques.
La mission du FMI, menée par Calixte Ahokpossi, a achevé sa visite à Kinshasa ce 13 mai dans le cadre de la première revue du programme triennal soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC). Un accord préliminaire a été trouvé avec les autorités congolaises, mais sa validation dépend encore de l’approbation finale du Conseil d’administration, attendue pour fin juin.
Les experts du Fonds confirment que l’économie résiste, mais à un prix élevé. Le conflit dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, aggravé depuis la fin de l’année 2024, a non seulement coûté des milliers de vies humaines, mais aussi profondément déséquilibré le budget de l’État. Les dépenses exceptionnelles de sécurité, les transferts urgents aux provinces, ainsi que l’investissement public accéléré ont dépassé les prévisions, malgré une collecte fiscale restée performante.
Résultat : le déficit budgétaire intérieur de 2024 a franchi les limites programmées. Et les perspectives pour 2025 s’annoncent tout aussi tendues. L’arrêt des recettes dans les zones occupées à l’Est, combiné aux exonérations de TVA et de droits de douane sur les denrées de première nécessité, prive l’État de ressources critiques. Parallèlement, les salaires des militaires et policiers ont été doublés depuis mars, alourdissant davantage les charges récurrentes.
Le gouvernement tente de garder le cap. Un budget rectificatif est en préparation, intégrant des mesures de réduction du train de vie de l’État, une rationalisation des dépenses non prioritaires, et l’espoir d’un soutien additionnel de la Banque mondiale. Mais le FMI rappelle que cette stratégie n’aura d’effet qu’à condition de réformes structurelles soutenues.
Sur ce front, quelques avancées se dégagent : la mise en place progressive du compte unique du Trésor, le déploiement de la Direction générale du Trésor, ou encore le lancement d’un cadre budgétaire indépendant des recettes minières. Ces efforts visent à atténuer les effets de la volatilité sur les finances publiques. Mais leur mise en œuvre reste inégale, et l’urgence d’une gestion rigoureuse n’a jamais été aussi forte.
Pour améliorer durablement la mobilisation des recettes internes, plusieurs leviers sont en cours d’activation : facturation normalisée de la TVA, lutte contre la fraude douanière, contrôle renforcé des exportations de minerais, et révision des exonérations fiscales. Une meilleure gouvernance des investissements publics et un encadrement plus strict de la masse salariale figurent également dans la feuille de route.
Le FMI insiste aussi sur l’importance d’une transparence accrue dans la gestion des ressources, particulièrement dans le secteur extractif. Une vigilance constante contre la corruption, combinée à un assainissement de l’environnement des affaires, reste un passage obligé pour regagner la confiance des partenaires internationaux.
Enfin, les réformes liées à la Facilité pour la résilience et la durabilité (FSR) devront s’accélérer. Ces dernières visent à renforcer la capacité du pays à affronter les chocs climatiques, tout en consolidant sa position de contributeur actif à la transition écologique mondiale. La RDC pourrait ainsi affirmer son statut de « pays-solution » dans les débats environnementaux, si les engagements se traduisent concrètement.
En résumé, si les indicateurs macroéconomiques restent encourageants, la soutenabilité du modèle économique congolais dépendra de sa capacité à faire cohabiter urgence sécuritaire, rigueur budgétaire et réformes de fond. La suite du programme avec le FMI n’est pas un simple accompagnement technique : c’est une ligne de vie pour éviter le décrochage.
— M. KOSI


