Terres rares : la Chine contrôle 84 % du NdPr malgré la course à la diversification

La production d’oxyde de néodyme-praséodyme hors Chine devrait atteindre seulement 12 000 tonnes en 2026, laissant un déficit d’environ 32 000 tonnes face à la demande, selon un nouveau rapport de S&P Global Energy. La Chine contrôle encore près de 84 % de la production mondiale d’oxyde de NdPr, un matériau indispensable aux aimants permanents utilisés dans l’automobile, l’éolien, la robotique et la défense.

La Rédaction

La production d’oxyde de néodyme-praséodyme hors Chine devrait atteindre seulement 12 000 tonnes en 2026, laissant un déficit d’environ 32 000 tonnes face à la demande, selon un nouveau rapport de S&P Global Energy. La Chine contrôle encore près de 84 % de la production mondiale d’oxyde de NdPr, un matériau indispensable aux aimants permanents utilisés dans l’automobile, l’éolien, la robotique et la défense.

Le marché mondial du néodyme-praséodyme entre dans une période de tension entre croissance rapide de la demande et lente diversification de l’offre. Dans son premier rapport consacré au NdPr et aux aimants permanents, publié en août 2026, S&P Global estime que la consommation mondiale d’oxyde de NdPr, évaluée à 108 000 tonnes en 2025, pourrait atteindre 143 000 tonnes en 2030, soit une progression d’environ 32 % en cinq ans.

Le NdPr est utilisé principalement dans la fabrication des aimants permanents NdFeB, composés de néodyme, fer et bore. Ces aimants absorbent environ 97 % de la demande mondiale de NdPr. Ils interviennent dans les moteurs de véhicules électriques et hybrides, les éoliennes, l’automatisation industrielle, l’électronique, l’aéronautique, la robotique et certains systèmes de défense. Les petits moteurs et l’électronique représentaient 47 % de la demande en 2025, devant les véhicules hybrides et électriques avec 25 % et l’éolien avec 10 %.

La concentration de l’offre reste toutefois beaucoup plus forte au stade industriel qu’au niveau des réserves. S&P estime que la Chine détient environ 35 % des réserves mondiales de terres rares et assure 61 % de la production minière, mais sa part monte à environ 84 % dans la séparation des terres rares et la production d’oxyde de NdPr. C’est donc principalement le traitement du minerai et la fabrication des produits intermédiaires qui constituent le point de concentration de la chaîne mondiale.

58 000 tonnes de capacité en 2028, mais seulement 27 000 tonnes produites

Les investissements annoncés hors Chine sont nombreux, mais S&P avertit contre une lecture fondée uniquement sur les capacités nominales. En 2026, la production raffinée de NdPr hors Chine devrait atteindre 12 000 tonnes. Elle progresserait à 17 000 tonnes en 2027, 27 000 tonnes en 2028, 38 000 tonnes en 2029 et 46 000 tonnes en 2030.

Or, dès 2028, les capacités de raffinage annoncées pourraient atteindre 58 000 tonnes. L’écart de 31 000 tonnes entre capacité installée et production attendue s’explique notamment par les délais de mise en service, la montée progressive des unités et les difficultés d’approvisionnement en matières premières. S&P prévoit un taux moyen d’utilisation des nouvelles capacités d’environ 74 % jusqu’en 2030.

Le problème est donc moins l’annonce de nouvelles usines que leur capacité à produire réellement et durablement. En 2028, malgré 58 000 tonnes de capacités annoncées, la production hors Chine resterait environ 25 000 tonnes inférieure à la demande correspondante. À l’horizon 2030, S&P estime que plus de vingt projets pourraient ajouter environ 44 000 tonnes de capacité de raffinage hors Chine, dont 27 000 tonnes concentrées aux États-Unis et en Australie.

La sécurisation de cette offre nécessite aussi un niveau de prix suffisamment élevé. S&P estime qu’un coût structurel compris entre 75 et 80 USD le kilogramme serait nécessaire en 2028 pour soutenir économiquement plus de 90 % de la production potentielle étudiée. Les coûts des matières premières constituent le premier facteur de variation et peuvent aller d’environ 15 USD à plus de 100 USD par kilogramme de NdPr selon la qualité du minerai, sa teneur en terres rares et les procédés utilisés.

Cette économie explique en partie l’intervention croissante des États. En juillet 2025, le gouvernement américain et MP Materials ont notamment conclu un mécanisme garantissant pendant dix ans un prix plancher de 110 USD le kilogramme pour certains produits NdPr de l’entreprise, accompagné d’investissements et d’engagements destinés à développer une chaîne américaine intégrée des terres rares et des aimants.

L’Afrique pourrait fournir 16 000 tonnes supplémentaires d’ici 2030

L’Afrique apparaît davantage dans la partie minière de cette diversification. S&P prévoit qu’en dehors de la Chine, la production minière de NdPr pourrait progresser de 12 000 tonnes en 2025 à 81 000 tonnes en 2030. Sur cette augmentation, de nouvelles sources africaines pourraient représenter environ 16 000 tonnes, derrière l’Australie mais à un niveau comparable à la contribution attendue de l’Amérique du Nord.

La carte des projets présentée à la page 9 du rapport identifie notamment des développements en Angola, en Namibie et en Afrique australe. Mais le rapport montre surtout que disposer du minerai ne suffit pas à contrôler la valeur économique de cette filière. Entre l’extraction et l’aimant permanent viennent la concentration, la séparation, la production d’oxyde de NdPr, la métallisation puis la fabrication des aimants.

Pour les économies africaines productrices de minerais critiques, c’est cette différence entre capacité minière et capacité industrielle de transformation qui déterminera la part de valeur captée localement. À mesure que la demande mondiale de NdPr progresse, la compétition ne porte donc plus uniquement sur l’accès aux gisements, mais également sur les usines capables de séparer les terres rares et de produire les matériaux nécessaires aux aimants permanents.

— J. KAKESA

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