La République démocratique du Congo prépare sa première émission d’euro-obligations souveraines, évaluée à 1,5 milliard USD, dont la clôture est attendue d’ici juin 2026. L’opération, officialisée en août 2025, vise à mobiliser des financements pour les infrastructures prioritaires inscrites dans le Programme d’Actions 2024-2028.
Avec une croissance projetée de 5,3 % en 2025, supérieure à la moyenne régionale, une inflation stabilisée autour de 7,8 % et une dépréciation contenue du franc congolais à 1,1 % sur les sept premiers mois de l’année, Kinshasa se présente avec des indicateurs macroéconomiques relativement favorables. Mais la notation souveraine attribuée par Standard & Poor’s (B-) et Moody’s (B3) rappelle que le pays reste classé en catégorie spéculative, synonyme de risque élevé.
Un financement vital mais au coût élevé
La notation B/B3 a une conséquence directe : le rendement attendu sera supérieur à celui des pays mieux notés. Concrètement, les investisseurs exigeront un taux d’intérêt nettement plus élevé pour compenser le risque de défaut, alourdissant ainsi la charge de la dette publique. Ce paramètre technique réduit la marge de manœuvre budgétaire du pays, déjà fortement exposé aux aléas extérieurs.
Les fonds seront affectés à la réhabilitation du réseau routier, à l’électrification des zones rurales, à la construction de routes agricoles et au barrage de Grand Katende, censé renforcer la production énergétique. Le Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T) figure également parmi les bénéficiaires, avec un accent sur les provinces du Kasaï-Oriental, Kasaï-Central, Ituri, Tshopo, Kongo-Central, Tshuapa, ainsi que Kinshasa.
Mais la dépendance de la RDC aux exportations de cuivre et de cobalt fragilise cette opération. Une chute prolongée des cours réduirait mécaniquement les recettes publiques et compliquerait le service de la dette, d’autant que le franc congolais reste vulnérable aux pressions de change. Les défis liés à la gouvernance et à la transparence aggravent ces incertitudes.
Pour convaincre les marchés, le gouvernement doit finaliser la validation réglementaire, nommer les banques cheffes de file, publier un prospectus détaillé et organiser des présentations aux investisseurs institutionnels avant de fixer les conditions définitives de l’émission. Le succès dépendra de la capacité de Kinshasa à équilibrer ses ambitions de développement avec la prudence financière imposée par sa notation.
— M. KOSI

