La République démocratique du Congo s’engage dans une mutation stratégique de sa filière manioc, adossée au soutien de la FAO et d’investissements publics ciblés. Sur un marché intérieur où le manioc représente la base alimentaire de près de 70 % des ménages selon l’INS, l’ambition du gouvernement est claire : accélérer l’industrialisation pour créer de nouveaux emplois et substituer une partie des importations de farine de blé.
Chaque année, la RDC produit en moyenne 30 millions de tonnes de manioc, d’après les statistiques de la FAO, se plaçant au quatrième rang mondial. Malgré ce potentiel, moins de 5 % de cette production fait l’objet d’une transformation industrielle, la plupart des tubercules restant consommés localement sous forme traditionnelle. C’est ce gisement de valeur ajoutée que les autorités souhaitent exploiter, avec l’appui technique de la FAO qui a inclus le pays parmi 19 bénéficiaires d’un accompagnement à la transformation agricole.
À Hanoï, où la RDC présentait récemment son modèle, la production locale de farine panifiable, notamment dans la province du Mai-Ndombe, a été particulièrement remarquée. L’usine Ecosac, par exemple, affiche une capacité de 50 tonnes par mois, mais doit composer avec une demande qui pourrait tripler d’ici deux ans selon les projections du ministère de l’Agriculture. Le pari technique : substituer jusqu’à 70 % de la farine de blé par du manioc dans le pain, une solution à la fois économique et résiliente face à la volatilité des cours mondiaux du blé.
Le ministre Grégoire Mutshail estime que la structuration de la filière nécessite un engagement budgétaire conséquent et une meilleure planification nationale. L’intégration du manioc transformé dans les programmes d’alimentation et dans l’industrie, notamment pour la production d’amidon et de bioéthanol, pourrait générer jusqu’à 120 000 emplois directs et indirects d’ici 2030, selon une estimation du ministère validée par la FAO.
La RDC entend également positionner cette filière à l’export, profitant de la hausse de la demande régionale. Pour y parvenir, la standardisation de la qualité, le développement de la logistique et le financement des PME agro-industrielles restent des chantiers prioritaires. Le choix du manioc s’appuie aussi sur ses atouts agronomiques : faible besoin en intrants, adaptation à divers types de sols, résistance aux aléas climatiques. Ce profil explique la volonté du gouvernement d’inciter les jeunes à rejoindre la filière, jugée stratégique dans la bataille contre la pauvreté rurale et l’insécurité alimentaire.
La perspective d’une prochaine réunion internationale à Kinshasa, rassemblant les pays partenaires de la FAO, placerait la RDC au centre des initiatives africaines sur la transformation du manioc. Ce positionnement technique et commercial s’inscrit dans la volonté présidentielle de rééquilibrer l’économie nationale en misant sur les filières agricoles, afin de réduire la dépendance aux importations alimentaires et aux matières premières minérales.
— M. KOSI

