Kinshasa, 25 février 2026 — Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, a ouvert une réunion de la Troïka politique avec une mission du FMI conduite par Calixte Ahokpossi, présente à Kinshasa du 25 février au 4 mars 2026. Objectif annoncé : rassembler et vérifier les données liées aux repères structurels avant la troisième revue du programme appuyé par la Facilité élargie de crédit (FEC).
La rencontre s’est tenue en présence de René Tapsoba, représentant résident du FMI en RDC, et du professeur Jephté Nsumbu, premier administrateur suppléant pour le groupe des 17 pays.
Réformes fiscales, budget 2025 et pistes de financement : ce qui est sur la table
Le point de départ des échanges a été l’exécution budgétaire à fin décembre 2025. Le gouvernement affirme que, malgré le poids des dépenses sécuritaires à l’Est, les équilibres macroéconomiques ont été maintenus. En clair, l’État soutient que les grands indicateurs qui comptent pour la stabilité — recettes, dépenses, déficit, financement — sont restés sous contrôle, même avec des contraintes lourdes sur le budget.
Dans ce cadre, la Troïka a présenté l’état d’avancement du Mémorandum sur les Politiques Économiques et Financières (MPEF). Ce document sert de feuille de route des réformes suivies dans le programme avec le FMI. Plusieurs chantiers ont été mis en avant.
D’abord, l’opérationnalisation de la facture normalisée de la TVA. Pour le grand public, l’enjeu est simple : une facture standardisée vise à mieux tracer les transactions et à réduire la fraude, afin que la TVA déclarée corresponde davantage à la réalité des ventes. Si le système fonctionne, l’État espère mobiliser plus de recettes sans relever les taux, car l’objectif est surtout de limiter les pertes et d’élargir la base fiscale.
Ensuite, la modernisation des régies financières, citées explicitement : la DGI et la DGDA. Ces deux administrations sont au cœur des recettes publiques : l’une collecte une large partie des impôts, l’autre gère les droits et taxes liés aux frontières. Quand ces services gagnent en outils, en procédures et en contrôle, la promesse est une collecte plus régulière et plus transparente. Pour les entreprises, l’impact attendu se mesure aussi dans la qualité du service, la prévisibilité des paiements et la réduction des frictions administratives.
La réunion a aussi abordé la création d’une Commission nationale de médiation fiscale. L’idée, telle qu’elle est présentée, est d’avoir un mécanisme pour traiter des différends fiscaux et éviter que certains conflits se transforment immédiatement en contentieux long et coûteux. Pour un opérateur économique, un cadre de médiation peut réduire l’incertitude, à condition qu’il soit clair, accessible et appliqué de manière cohérente.
Du côté du FMI, la mission technique a salué deux réformes présentées comme déjà effectives. La première concerne la réforme de la déconcentration de l’ordonnancement. Dans les finances publiques, “ordonnancer”, c’est autoriser le paiement d’une dépense par les circuits de l’État. La “déconcentration” renvoie à une organisation où cette chaîne de décision et d’exécution est mieux répartie, avec des règles et des responsabilités définies, au lieu d’un traitement trop centralisé et lent.
La seconde réforme mise en avant est l’opérationnalisation de la DGTCP, présentée comme une réforme attendue depuis quatorze ans. Le texte ne détaille pas toutes ses implications, mais le message envoyé est que l’État veut renforcer son dispositif technique de gestion des finances publiques. Pour l’économie, ces réformes comptent surtout pour une raison : une dépense publique mieux organisée réduit les retards, limite les doubles emplois et améliore la traçabilité des paiements.
Sur le financement, le ministre des Finances a cité deux leviers. Le premier est l’émission d’un Eurobond pour financer des projets structurants. Un Eurobond est une obligation émise sur les marchés internationaux : l’État emprunte auprès d’investisseurs et rembourse ensuite selon un calendrier et un taux d’intérêt convenus. Ce type d’opération peut apporter rapidement des ressources importantes, mais il suppose une préparation solide, car il engage la dette et dépend de la confiance des marchés.
Le second levier est l’intégration des ressources de la Facilité pour la Résilience et la Durabilité (FRD). Cette facilité est évoquée comme une source de financement à intégrer, dans une logique de renforcement de la capacité de l’économie à absorber des chocs et à soutenir des réformes. Là aussi, le texte ne donne pas de montants, mais situe la FRD parmi les options suivies au même niveau que les autres instruments liés au FMI.
Le ministre a aussi reconnu des pressions internes sur le budget, en citant la masse salariale et les contraintes sécuritaires. Il a indiqué que des mesures correctives sont engagées, dont un audit des états liquidatifs, sous supervision des services compétents, avec mention de l’Inspection Générale des Finances (IGF), “conformément aux orientations du Chef de l’État”.
La suite du calendrier est déjà fixée : la mission technique du FMI, présente à Kinshasa du 25 février au 4 mars 2026, doit tenir plusieurs séances avec les entités publiques concernées. Le but est d’évaluer les repères structurels, de consolider les données techniques et de préparer la troisième revue du programme.
À l’issue de la réunion d’ouverture, Félicien Mulenda a indiqué que les discussions se poursuivent au niveau technique pour affiner les données, en parlant de “signaux au vert” pour préparer la revue. Le ministère affirme, de son côté, poursuivre les réformes de gestion publique sous l’impulsion du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, avec l’objectif affiché d’une gestion plus rigoureuse orientée vers le développement.
— M. KOSI



