Le groupe minier Eurasian Resources Group (ERG), l’un des principaux producteurs de cuivre et de cobalt opérant en République démocratique du Congo, a annoncé une importante réorganisation de son capital. Deux de ses actionnaires historiques ont cédé leurs participations à Nature Energy Solutions Ltd., une société contrôlée par l’homme d’affaires kazakh Shakhmurat Mutalip. Cette opération intervient dans un contexte où les minerais critiques africains occupent une place de plus en plus importante dans les chaînes d’approvisionnement mondiales liées à la transition énergétique.
Selon les informations communiquées par le groupe, l’État du Kazakhstan conserve 40 % du capital d’ERG, tandis que Nature Energy Solutions devient le principal actionnaire privé avec près de 39,3 % des parts. Même si le montant exact de la transaction n’a pas été dévoilé, plusieurs médias spécialisés estiment sa valeur à environ 1,4 milliard USD. Pour la direction du groupe, cette restructuration doit permettre de renforcer la gouvernance de l’entreprise et de soutenir ses ambitions de développement à long terme.
Pour la RDC, l’événement dépasse largement le cadre d’une simple opération financière. Le pays est aujourd’hui au centre de la compétition mondiale autour du cuivre et du cobalt, deux minerais indispensables à la fabrication des batteries pour véhicules électriques, des équipements électroniques et de nombreuses infrastructures énergétiques. Dans ce contexte, tout changement affectant un acteur majeur du secteur est suivi de près par les autorités congolaises, les investisseurs et les partenaires internationaux.
ERG contrôle plusieurs actifs stratégiques dans le pays, notamment Boss Mining, Frontier, Comide, Metalkol RTR et Swanmines. Ces filiales représentent une part importante des activités africaines du groupe et jouent un rôle dans la production destinée aux marchés internationaux. La continuité des investissements annoncés dans ces projets constitue donc l’une des principales préoccupations des autorités congolaises.
Kalukundi reste sous surveillance
Le dossier de Kalukundi apparaît comme l’un des premiers tests pour la nouvelle structure actionnariale. Après plusieurs années de différends entre la Gécamines et ERG, un accord avait été conclu en 2025 lors de la visite du président Félix Tshisekedi au Kazakhstan. Cet accord avait conduit à une nouvelle répartition du capital de Swanmines, avec 49 % pour la Gécamines et 51 % pour ERG.
Dans le cadre de cet arrangement, le groupe s’était engagé à réaliser une étude de faisabilité pour la construction d’une usine de traitement à Kalukundi. L’avancement de ce projet permettra d’évaluer la capacité du nouvel actionnariat à poursuivre les engagements pris envers la partie congolaise. Pour Kinshasa, la priorité reste de développer davantage de transformation locale afin d’augmenter les recettes publiques et de créer plus d’emplois dans le secteur minier.
Cette réorganisation intervient également dans un contexte géopolitique particulier. Plusieurs médias internationaux ont évoqué les liens présumés du nouvel investisseur avec certains milieux financiers russes visés par des sanctions occidentales depuis le début de la guerre en Ukraine. Même si aucune conséquence directe n’a été annoncée pour les activités du groupe, ces informations alimentent des interrogations sur l’évolution future de sa gouvernance et de ses partenariats internationaux.
Parallèlement aux questions liées à l’actionnariat, ERG continue de faire face à d’importants défis sécuritaires sur plusieurs de ses sites miniers en RDC. Depuis plusieurs années, les concessions de Boss Mining, Comide et Metalkol sont confrontées à des incursions d’exploitants artisanaux et à des activités d’extraction illégale. Cette situation affecte la production des entreprises concernées, mais réduit aussi les recettes que l’État peut tirer du secteur à travers les taxes, les redevances et les autres prélèvements fiscaux.
Afin de limiter ces pertes, le groupe a renforcé sa coopération avec les autorités congolaises. ERG a notamment développé un partenariat avec l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) afin de mieux encadrer l’exploitation artisanale et de réduire les intrusions dans les concessions industrielles. La récente reprise du contrôle du site de Metalkol par les autorités congolaises illustre d’ailleurs l’importance grandissante de la sécurisation des zones minières dans les discussions entre opérateurs et pouvoirs publics.
La RDC occupe désormais une place essentielle dans la stratégie mondiale d’ERG. Selon les résultats financiers publiés par le groupe, les activités africaines contribuent à près d’un quart de son EBITDA, un indicateur qui mesure la rentabilité opérationnelle avant certaines charges financières et comptables. ERG ambitionne également d’atteindre une production annuelle proche de 300 000 tonnes de cuivre et plus de 20 000 tonnes de cobalt dans les prochaines années.
Dans ce contexte, le changement d’actionnaires intervient à un moment où la RDC cherche à mieux valoriser ses ressources minières et à attirer davantage d’investissements dans la transformation locale des minerais. Entre les enjeux géopolitiques liés aux minerais critiques, les défis de sécurité sur les sites de production et les attentes en matière de création de valeur dans le pays, les prochaines décisions de la nouvelle équipe dirigeante seront observées avec attention par Kinshasa et par l’ensemble des acteurs du secteur minier.
— M. KOSI



