Banque mondiale : pourquoi le numérique est devenu une priorité de développement pour la RDC

Pendant plusieurs décennies, les grandes institutions de développement ont principalement financé les routes, les ponts, les barrages et les chemins de fer. Aujourd'hui, elles investissent aussi dans la fibre optique, les centres de données, l'identité numérique et les services publics digitaux. En classant la République démocratique du Congo parmi ses priorités mondiales de transformation numérique, la Banque mondiale envoie un signal fort : le numérique est devenu une infrastructure économique de premier plan.

La Rédaction

Pendant plusieurs décennies, les grandes institutions de développement ont principalement financé les routes, les ponts, les barrages et les chemins de fer. Aujourd’hui, elles investissent aussi dans la fibre optique, les centres de données, l’identité numérique et les services publics digitaux. En classant la République démocratique du Congo parmi ses priorités mondiales de transformation numérique, la Banque mondiale envoie un signal fort : le numérique est devenu une infrastructure économique de premier plan.

Longtemps, le développement d’un pays s’est mesuré au nombre de kilomètres de routes construites, de barrages inaugurés ou de ponts mis en service. Ces infrastructures restent indispensables. Mais elles ne suffisent plus à soutenir une économie moderne.

Aujourd’hui, la Banque mondiale considère qu’un réseau de fibre optique, un système d’identité numérique, des plateformes administratives dématérialisées ou encore des centres de données peuvent avoir un impact économique comparable à celui d’une autoroute ou d’une centrale électrique. C’est dans cette logique que la République démocratique du Congo figure désormais parmi les pays prioritaires de l’institution pour accélérer sa transformation numérique.

Ce changement traduit une évolution profonde de la vision du développement. Le numérique n’est plus seulement un secteur technologique. Il devient une infrastructure qui influence directement la compétitivité des entreprises, l’efficacité de l’administration, la mobilisation des recettes publiques et l’attractivité des investissements.

Le numérique devient un accélérateur de croissance

Dans une économie moderne, les données circulent presque aussi vite que les marchandises. Une entreprise crée de la valeur lorsqu’elle peut échanger rapidement des informations avec ses clients, ses banques, ses fournisseurs et les administrations publiques.

Une connexion internet performante permet aujourd’hui de réaliser des opérations bancaires, déclarer des impôts, obtenir des documents administratifs, gérer une chaîne logistique, suivre des marchandises, vendre des produits en ligne, sécuriser des paiements ou encore attirer des investisseurs étrangers.

Autrement dit, le numérique réduit les coûts de transaction, améliore la productivité et facilite les échanges économiques.

Pour un pays de la taille de la RDC, où les distances sont immenses et où les infrastructures physiques restent insuffisantes dans plusieurs provinces, ces outils peuvent contribuer à rapprocher les entreprises, les administrations et les citoyens.

Des effets attendus sur les recettes publiques

L’un des premiers bénéficiaires d’une transformation numérique réussie est souvent l’État lui-même.

La digitalisation des administrations fiscales et douanières peut améliorer la collecte des recettes, réduire les fraudes et raccourcir les délais de traitement. Les plateformes numériques permettent également de limiter les manipulations manuelles, de renforcer la traçabilité des opérations et d’offrir davantage de transparence dans les procédures administratives.

En RDC, où les autorités poursuivent les réformes de modernisation de la DGI, de la DGDA, de la DGRAD et d’autres régies financières, le développement des infrastructures numériques pourrait renforcer les efforts engagés pour améliorer la mobilisation des recettes publiques.

Le numérique devient ainsi un outil de gouvernance autant qu’un levier économique.

Les mines, les banques et le commerce sont déjà engagés dans cette transition

L’impact dépasse largement l’administration.

Dans le secteur minier, les entreprises utilisent de plus en plus les données pour surveiller les équipements, suivre les expéditions, sécuriser les sites de production et gérer leurs chaînes d’approvisionnement.

Les banques accélèrent également leur digitalisation afin de développer les paiements électroniques, les applications mobiles et les services financiers à distance.

Le commerce évolue lui aussi rapidement grâce aux plateformes numériques, aux paiements dématérialisés et aux solutions logistiques connectées.

Même l’agriculture commence à intégrer ces technologies, avec des applications permettant de suivre les prix des marchés, les prévisions météorologiques ou les besoins des producteurs.

Autrement dit, le numérique irrigue progressivement l’ensemble de l’économie.

Une priorité qui dépasse la technologie

Le classement de la RDC parmi les priorités de la Banque mondiale ne signifie pas uniquement que davantage d’ordinateurs ou d’antennes seront installés.

Il ouvre surtout la perspective de nouveaux investissements dans des domaines stratégiques : extension de la fibre optique, amélioration de la couverture internet, centres de données, cybersécurité, plateformes administratives, identité numérique, développement des compétences numériques et accompagnement des entreprises innovantes.

Ces investissements peuvent produire des effets dans presque tous les secteurs : santé, éducation, agriculture, mines, banques, commerce, transport, fiscalité et services publics.

Mais leur réussite dépendra de plusieurs conditions. Une transformation numérique durable suppose un accès fiable à l’électricité, un cadre réglementaire adapté, une protection des données, des compétences locales et des infrastructures capables d’accompagner la croissance des usages.

Une nouvelle vision du développement

L’annonce de la Banque mondiale dépasse donc le simple soutien à un secteur technologique.

Elle traduit une évolution majeure de la manière dont les institutions internationales conçoivent désormais le développement économique. Les routes continueront d’être construites. Les barrages resteront indispensables. Les ports et les chemins de fer demeureront des investissements stratégiques.

Mais ils devront désormais être complétés par des infrastructures numériques capables de faire circuler l’information aussi efficacement que les marchandises.

Pour la RDC, cette reconnaissance représente une opportunité de franchir une nouvelle étape. Le pays possède déjà les ressources naturelles qui alimentent la transition énergétique mondiale. Il lui reste désormais à bâtir les infrastructures numériques qui soutiendront sa propre transformation économique.

Dans l’économie du XXIᵉ siècle, la richesse ne circule plus seulement dans les conteneurs, les trains ou les pipelines. Elle circule aussi dans les données. Les pays qui sauront construire ces nouvelles autoroutes numériques attireront davantage d’investissements, créeront plus d’emplois qualifiés et gagneront en compétitivité.

C’est précisément le message que la Banque mondiale adresse aujourd’hui à la RDC : le numérique n’est plus un secteur d’avenir. Il est devenu une condition du développement.

— M. KOSI

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