La visite du vice-Premier ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, à Tshumbe, dans la province du Sankuru, remet en lumière une question essentielle : pourquoi la croissance économique de la République démocratique du Congo reste-t-elle concentrée dans quelques grandes villes alors que l’immense majorité du territoire dispose d’importants potentiels agricoles, forestiers, miniers et touristiques ? Derrière cette réalité se cachent des défis d’infrastructures, de financement, de gouvernance et d’intégration économique qui freinent encore le développement des territoires.
Lorsque l’on parle de l’économie congolaise, les regards se tournent presque toujours vers Kinshasa, Lubumbashi, Kolwezi, Matadi ou Goma. C’est dans ces villes que se concentrent les principaux investissements, les banques, les grandes entreprises, les industries, les infrastructures et une grande partie des recettes fiscales.
Pourtant, la RDC compte 145 territoires répartis sur un immense espace de plus de 2,3 millions de kilomètres carrés, dont la plupart disposent de ressources naturelles considérables. Beaucoup produisent du maïs, du riz, du manioc, du café, du cacao, de l’huile de palme, du poisson, du bois ou possèdent des richesses minières encore peu exploitées.
Malgré ce potentiel, ces territoires peinent à transformer leurs ressources en richesse durable.
La visite du vice-Premier ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, à Tshumbe, dans le Sankuru, illustre cette réalité. En échangeant avec les autorités locales, les opérateurs économiques et les communautés, le ministre est allé observer des difficultés que partagent de nombreuses provinces : enclavement, faibles infrastructures, coût élevé du transport et accès limité aux marchés.
Le coût de l’enclavement freine l’économie locale
Dans de nombreuses provinces, le principal obstacle n’est pas l’absence de production. C’est la difficulté à commercialiser cette production.
Un agriculteur peut produire plusieurs tonnes de maïs ou de manioc, mais si les routes sont impraticables, les ponts dégradés ou les moyens de transport insuffisants, les récoltes arrivent tard sur les marchés ou se détériorent avant d’être vendues.
Selon la Banque mondiale, le coût du transport représente une part importante du prix final des marchandises en Afrique subsaharienne. En RDC, cette situation est encore plus marquée en raison de l’immensité du territoire, de la faible densité du réseau routier revêtu et des difficultés de transport ferroviaire et fluvial.
L’enclavement limite également l’accès aux intrants agricoles, aux équipements, aux services bancaires et aux technologies. Les entreprises hésitent alors à investir dans des zones où les coûts logistiques réduisent leur compétitivité.
Cette situation crée un cercle vicieux. Les investisseurs privilégient les grandes villes où les infrastructures sont déjà disponibles. Les territoires ruraux reçoivent moins d’investissements, créent moins d’emplois et attirent moins d’activités économiques.
Développer les territoires pour diversifier la croissance
L’un des grands défis de la RDC consiste désormais à faire des territoires ruraux de véritables pôles de développement.
Cela suppose d’abord de renforcer les infrastructures de transport afin de connecter les bassins de production aux marchés de consommation. Les routes, les ponts, les chemins de fer et les voies fluviales ne sont pas seulement des ouvrages publics : ils déterminent directement la compétitivité des entreprises et les revenus des producteurs.
L’accès à l’électricité constitue un autre levier essentiel. Sans énergie fiable, il est difficile de développer des unités de transformation agricole, des ateliers industriels ou des services modernes capables de créer des emplois en dehors des grandes villes.
Le financement représente également un défi majeur. Les petites et moyennes entreprises installées dans les territoires ont souvent un accès limité au crédit, ce qui freine leurs investissements et leur capacité à se développer.
Enfin, la modernisation des services publics et la digitalisation peuvent réduire les inégalités territoriales. Les plateformes numériques, les paiements électroniques, les services administratifs dématérialisés et la connectivité permettent de rapprocher les territoires des grands centres économiques, même lorsque les distances restent importantes.
Au-delà de la mission de Daniel Mukoko Samba à Tshumbe, la question est donc celle du modèle de développement que la RDC souhaite construire. Une économie concentrée autour de quelques grandes villes risque d’accentuer les déséquilibres territoriaux. À l’inverse, une meilleure valorisation des territoires pourrait créer de nouveaux pôles de croissance, réduire les disparités régionales et renforcer la résilience de l’économie nationale.
Pour y parvenir, les investissements devront aller au-delà des infrastructures. Ils devront aussi soutenir l’agriculture, les PME, les chaînes de transformation locale, l’accès au financement et la formation des compétences. C’est à cette condition que les richesses produites dans les territoires pourront être transformées en emplois, en revenus et en développement durable.
La visite du ministre de l’Économie à Tshumbe rappelle finalement une évidence : le potentiel économique de la RDC ne se limite pas à ses grandes villes. Il s’étend à l’ensemble de son territoire. Le véritable défi est désormais de créer les conditions qui permettront à ces territoires de participer pleinement à la croissance nationale.
— M. KOSI









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