Katanga minier, la banque se déplace désormais dans le téléphone

À Fungurume, Kolwezi ou dans d’autres zones minières du Lualaba, l’inclusion financière ne passe plus forcément par une agence bancaire classique. Elle peut désormais tenir dans un téléphone simple, parfois sans connexion internet, grâce à un code USSD validé en quelques secondes

La Rédaction

À Fungurume, Kolwezi ou dans d’autres zones minières du Lualaba, l’inclusion financière ne passe plus forcément par une agence bancaire classique. Elle peut désormais tenir dans un téléphone simple, parfois sans connexion internet, grâce à un code USSD validé en quelques secondes. C’est cette mutation que met en avant Yves Binzunga, Deputy d’EquityBCDC, dans une réflexion consacrée à la digitalisation et à l’inclusion financière dans le Katanga minier.

L’image est simple. Un journalier payé à la fin de la semaine, sans cash transporté dans une enveloppe, sans déplacement vers une agence à Kolwezi ou Lubumbashi, sans file d’attente devant un guichet. Le paiement arrive directement sur un portefeuille numérique. L’ouvrier peut retirer une partie auprès d’un agent de proximité, conserver le reste sous forme électronique ou l’utiliser pour certaines transactions du quotidien.

Cette évolution change le sens même de la bancarisation. Pendant longtemps, être bancarisé signifiait disposer d’un compte dans une agence physique, avec des documents, des déplacements et des contraintes administratives. Dans les zones périphériques liées à l’activité minière, ce modèle a montré ses limites. Les distances sont longues, les routes parfois difficiles, les besoins de paiement sont rapides et les travailleurs ne vivent pas toujours près des grands centres urbains.

Le modèle bancaire classique atteint ses limites dans les zones minières

Le boom du cuivre et du cobalt a transformé une partie du Katanga en espace économique sous tension. Autour des grands sites miniers, des milliers de travailleurs, sous-traitants, petits prestataires, commerçants, transporteurs et familles vivent au rythme des paiements liés à l’activité extractive. Mais l’infrastructure bancaire traditionnelle n’a pas suivi cette dispersion géographique au même rythme.

Demander à un sous-traitant ou à un travailleur installé loin d’une grande ville de parcourir plusieurs heures pour encaisser un paiement ou déposer un chèque n’est plus compatible avec les besoins actuels de l’économie minière. Le coût du déplacement, la perte de temps et le risque de manipulation du cash créent une inefficacité qui pèse autant sur les entreprises que sur les travailleurs.

Le règne du cash a aussi un coût sécuritaire. Transporter de l’argent liquide dans des zones d’activité intense impose des escortes, des véhicules sécurisés, des procédures lourdes et une exposition permanente aux vols. Dans ce contexte, la digitalisation n’est pas seulement une modernisation de confort. Elle devient un outil de sécurité, de traçabilité et de réduction des coûts opérationnels.

Les banques qui veulent accompagner l’économie minière doivent donc sortir du modèle centré sur les agences. Elles doivent aller vers des solutions hybrides, capables de relier comptes bancaires, opérateurs télécoms, portefeuilles mobiles et agents de proximité. Le téléphone devient alors un prolongement du système bancaire, surtout pour les populations qui n’ont jamais franchi la porte d’une agence.

Paiements de masse, double devise et inclusion réelle

L’un des leviers les plus importants reste le paiement de masse. Grâce à l’interconnexion entre les banques commerciales et les opérateurs télécoms, une entreprise peut payer simultanément des centaines ou des milliers de travailleurs, prestataires ou bénéficiaires. Le compte de l’entreprise est débité et les portefeuilles numériques sont crédités presque immédiatement.

Cette mécanique répond à une réalité très concrète du terrain. Les ouvriers et les journaliers ont besoin de recevoir leur argent rapidement. Les entreprises ont besoin de sécuriser leurs décaissements. Les agents de proximité assurent ensuite la conversion en espèces lorsque les bénéficiaires veulent retirer une partie de leur argent. Le système devient plus souple, car il combine paiement numérique et disponibilité physique du cash au plus près des populations.

Mais la RDC ajoute une complexité particulière avec la double devise. Les grands groupes miniers travaillent souvent en dollars américains, tandis qu’une partie importante des dépenses courantes des ménages se fait en francs congolais. Les solutions financières doivent donc gérer le passage entre USD et CDF, tout en tenant compte du risque de change, de la disponibilité des petites coupures et de la liquidité réelle des agents dans les zones rurales ou périurbaines.

Cette contrainte fait de la digitalisation bancaire un chantier technique exigeant. Il ne suffit pas de créer une application ou un menu USSD. Il faut garantir la liquidité des agents, assurer la disponibilité des deux devises, suivre les taux de change, sécuriser les plateformes et éviter que les bénéficiaires supportent des frais excessifs. L’inclusion financière ne sera crédible que si elle améliore réellement l’accès à l’argent, sans créer de nouvelles barrières pour les travailleurs.

Dans le Katanga minier, la technologie financière peut donc jouer un rôle social et économique direct. Elle relie les travailleurs invisibles au système formel, réduit les risques liés au cash et donne aux entreprises un moyen plus efficace de payer leurs équipes. Elle peut aussi ouvrir la voie à d’autres services, comme l’épargne, le microcrédit, l’assurance ou le paiement de factures.

Le défi reste clair. Le secteur minier ne doit pas seulement enrichir les bilans des grandes entreprises et des banques installées dans les centres urbains. Il doit aussi connecter les populations qui vivent autour de cette activité. C’est là que la digitalisation prend tout son sens. Elle transforme un paiement de travail en accès à l’économie formelle, et fait du téléphone un outil d’intégration pour des milliers de Congolais longtemps restés en marge du système bancaire.

— M. KOSI

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