Trafigura s’est retirée d’un projet de ligne électrique de 2 000 MW destiné à acheminer l’excédent hydroélectrique angolais vers les mines de cuivre et de cobalt de la RDC et de la Zambie. Le projet reste en négociation, tandis que trois autres interconnexions régionales évaluées à 3,2 milliards USD demeurent annoncées.
Le retrait de Trafigura a été rapporté le 15 juillet 2026 par Reuters, sur la base de deux sources présentées comme directement informées du dossier. Le négociant suisse avait signé en juillet 2024 un accord non contraignant avec le gouvernement angolais et la société d’ingénierie ProMarks afin d’étudier la faisabilité d’une ligne de transport d’électricité d’une capacité de 2 000 MW. L’infrastructure devait exporter l’électricité hydroélectrique disponible en Angola vers les zones minières du sud-est de la RDC et de la Zambie.
Les raisons du retrait n’ont pas été rendues publiques. Trafigura n’a pas commenté sa décision, tandis que ProMarks n’a pas répondu aux sollicitations de Reuters. Une source au sein du gouvernement angolais a indiqué que les discussions se poursuivaient avec des changements dans la composition du consortium, mais le ministère angolais de l’Énergie et de l’Eau n’a pas confirmé si le projet serait maintenu dans sa configuration initiale.
L’opération n’avait pas encore atteint le stade de la construction. L’accord signé en 2024 portait sur des études de faisabilité et ne constituait ni une décision finale d’investissement, ni une garantie de financement. Le départ de Trafigura ne supprime donc aucune capacité électrique déjà disponible pour les mines. Il retire toutefois du projet un groupe international disposant d’une expérience dans le financement des infrastructures et dans la commercialisation des minerais du Copperbelt.
Deux lignes de 2 200 MW restent visées pour 2030
Deux autres interconnexions développées par Meridia Energy, une structure associant Averi Finance et le groupe marocain Somagec, sont présentées comme plus avancées. La première relierait Soyo, Inga et Cabinda pour un coût estimé à 450 millions USD et une capacité pouvant atteindre 800 MW. La seconde relierait la centrale hydroélectrique de Laúca à Kolwezi pour 1,25 milliard USD et une capacité maximale annoncée de 1 400 MW. Ensemble, les deux lignes représentent un investissement prévu de 1,7 milliard USD et une capacité théorique de 2 200 MW. Leur mise en service commerciale est visée pour 2030.
La liaison Laúca-Kolwezi doit traverser l’est de l’Angola avant d’atteindre le principal bassin congolais de production de cuivre et de cobalt. La ligne Soyo-Inga-Cabinda doit, pour sa part, relier le réseau angolais à Cabinda en passant par la RDC. Un accord de concession portant sur ces deux infrastructures a été annoncé en février 2026 entre le ministère congolais des Ressources hydrauliques et de l’Électricité et Somagec. Les promoteurs affirment avoir achevé les études, les procédures d’autorisation et une partie de la structuration financière, mais les conditions détaillées du financement n’ont pas été publiées.
Un troisième projet est porté par l’entreprise américaine HYDRO-LINK. Évaluée à environ 1,5 milliard USD, cette interconnexion doit parcourir entre 1 150 et 1 200 kilomètres entre l’Angola et la RDC et comprendre cinq sous-stations. Le projet vise principalement les zones minières du Lualaba et de l’ancien Katanga. HYDRO-LINK a signé en juin 2025 un protocole d’accord avec Mitrelli, qui doit participer au financement et à l’exécution de l’infrastructure. Reuters estime la durée de construction à environ deux ans et demi, tandis que le promoteur avait initialement annoncé une livraison en 2029. Ces échéances restent conditionnées à la mobilisation complète du capital, aux autorisations et à la conclusion des contrats commerciaux.
L’électricité limite encore l’expansion du Copperbelt
Le développement de ces lignes répond à un déficit énergétique ancien dans les provinces minières congolaises. Un diagnostic de la Société financière internationale estimait déjà que la demande d’électricité de l’ex-Katanga n’était pas entièrement satisfaite. Cette étude projetait une progression de la demande globale de 10 000 gigawattheures en 2017 à 28 000 gigawattheures en 2030, dont environ 11 000 gigawattheures pour le secteur minier. Elle relevait également que les entreprises minières avaient accordé plus d’un milliard USD de financements à la Société nationale d’électricité pour réhabiliter des installations et améliorer l’alimentation de leurs propres sites.
Ces projections sont antérieures aux récentes augmentations de la production congolaise de cuivre et ne constituent pas une mesure actualisée du déficit en 2026. Elles montrent néanmoins que les compagnies minières dépendent depuis longtemps d’investissements directs dans l’énergie, d’importations régionales et de solutions autonomes pour maintenir leurs opérations. L’insuffisance de l’offre électrique peut ralentir l’ouverture de nouvelles mines, limiter l’extension des unités existantes et rendre plus difficile la transformation locale des minerais, qui exige une alimentation stable.
Importer davantage d’électricité angolaise pourrait offrir une réponse plus rapide que la construction de nouvelles centrales en RDC. Cette option créerait cependant une dépendance supplémentaire à l’égard des infrastructures, des tarifs et des décisions réglementaires d’autres pays. Elle ne peut donc pas remplacer la réhabilitation des centrales congolaises, le renforcement du réseau Inga-Kolwezi et l’amélioration de la situation financière de la SNEL.
Les prochaines étapes devront clarifier la composition du consortium appelé à remplacer Trafigura, les garanties financières, les contrats d’achat d’électricité et la capacité réellement réservée aux utilisateurs congolais. La solidité de ces projets se mesurera moins au nombre de protocoles signés qu’à la clôture des financements et au démarrage effectif des travaux.
— Peter MOYI









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