La forte présence de capitaux étrangers dans le secteur bancaire congolais mérite un débat sur la souveraineté financière. Mais imposer une participation de l’État dans chaque banque ne protégerait pas automatiquement l’épargne, ni ne garantirait davantage de crédits aux ménages et aux PME. La priorité reste la construction d’un filet de sécurité capable d’intervenir avant, pendant et après la défaillance d’un établissement.
Le risque bancaire ne dépend pas uniquement de la nationalité des actionnaires. Il tient d’abord à la qualité des crédits accordés, au niveau réel des fonds propres, à la disponibilité des liquidités, aux transferts effectués vers les sociétés mères et à la capacité du régulateur à intervenir suffisamment tôt.
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title RDC — concentration des actifs bancaires
"Deux plus grandes banques" : 55
"Treize autres banques" : 45Le Fonds monétaire international recensait 15 banques commerciales en République démocratique du Congo en 2025. Deux établissements concentraient à eux seuls 55 % des actifs du système. Le FMI ne présente cependant pas l’ensemble du marché comme exclusivement détenu par des intérêts étrangers. Il distingue les banques à capitaux étrangers, constituées comme filiales de droit congolais, des banques à capitaux domestiques, qui n’exercent pas d’activités transfrontalières.
Cette précision ne réduit pas la question de souveraineté. Lorsqu’une filiale congolaise place une partie importante de ses liquidités auprès de sa maison mère, une difficulté extérieure peut être transmise au marché local. Le FMI avait déjà identifié parmi les vulnérabilités du secteur les expositions intragroupes, la qualité des fonds propres, l’extrême dollarisation et la fragilité des relations de correspondance bancaire.
Afriland et BIAC révèlent surtout les faiblesses du filet de sécurité
Les dossiers Afriland First Bank CD et BIAC montrent que la protection des déposants dépend moins de l’origine du capital que de la rapidité et de la solidité des mécanismes de résolution.
Afriland First Bank CD reste inscrite parmi les banques agréées par la Banque centrale du Congo. En février 2026, la BCC a encore publié un avis relatif à la prorogation du mandat du commissaire chargé de sa résolution. La BIAC figure, pour sa part, sur la liste officielle des banques radiées ou fermées.
flowchart TD
A["Difficultés financières d’une banque"] --> B["Manque de liquidités"]
B --> C["Retraits ralentis ou suspendus"]
C --> D["Intervention de la Banque centrale"]
D --> E{"Solution disponible"}
E --> F["Redressement de la banque"]
E --> G["Vente à un autre établissement"]
E --> H["Création d’une banque-relais"]
E --> I["Liquidation"]
F --> J["Continuité des services"]
G --> J
H --> J
I --> K["Réalisation des actifs"]
K --> L["Remboursement selon les ressources disponibles"]
M["Fonds de garantie des dépôts"] --> N["Indemnisation rapide des petits déposants"]
N --> LCes précédents ont laissé une question essentielle pour le petit commerçant, le salarié ou le ménage congolais. Que devient son argent lorsqu’une banque ne peut plus honorer les retraits et que les procédures administratives et judiciaires s’étendent sur plusieurs années ?
La RDC a renforcé son droit bancaire avec la loi adoptée en décembre 2022. Celle-ci prévoit un régime spécial de résolution, une liquidation administrative des établissements de crédit et l’obligation de préparer des plans de redressement. La BCC a également créé une Direction de la stabilité financière et une division spécialisée dans la résolution bancaire.
Mais le FMI relevait encore des faiblesses importantes dans l’application de ce dispositif. Il recommandait notamment de rendre opérationnels la vente partielle d’une banque en difficulté, la création éventuelle d’une banque-relais, les mécanismes de financement de la résolution et l’assistance d’urgence en liquidités. Il soulignait également que les capacités internes de recapitalisation des banques congolaises demeuraient faibles.
Le principal vide concerne la garantie des dépôts. Au moment de la mission technique du FMI, le système d’assurance-dépôts restait à établir. La loi bancaire prévoit un Fonds de garantie des dépôts, mais son financement, son fonctionnement opérationnel et son articulation avec la résolution bancaire devaient encore être précisés. Le FMI recommandait un mécanisme préfinancé et intégré à la gestion des crises.
L’adhésion de la RDC à l’OHADA ne suffit pas à combler cette faiblesse. Les règles communautaires encadrent notamment les sociétés commerciales, les sûretés et les procédures d’insolvabilité. Elles ne remplacent pas un dispositif national permettant de rembourser rapidement une partie des dépôts lorsque les actifs d’une banque deviennent insuffisants. Le FMI recommande d’ailleurs d’articuler les délais prévus par l’OHADA avec le régime spécial de liquidation bancaire.
L’État doit protéger les déposants avant de devenir actionnaire
Obliger toutes les banques à céder une partie de leur capital à l’État peut donner une impression de contrôle national. Cette mesure ne garantit pourtant ni la solvabilité d’un établissement ni l’orientation du crédit vers les Congolais.
L’État pourrait se retrouver à la fois actionnaire, régulateur, client, emprunteur et éventuel sauveteur de la même banque. Cette accumulation de rôles créerait un risque de conflits d’intérêts. Une banque bénéficiant d’une participation publique pourrait également être poussée à financer des entreprises ou des projets insuffisamment rentables, avec des pertes finalement supportées par le budget national.
La souveraineté financière doit plutôt se traduire par l’obligation de maintenir en RDC des fonds propres réellement disponibles, des liquidités suffisantes et des actifs pouvant être mobilisés pour rembourser les déposants. Les transferts vers les maisons mères doivent être surveillés, les expositions intragroupes limitées et chaque banque importante doit disposer d’un plan crédible de résolution.
Un Fonds de garantie des dépôts alimenté régulièrement par les banques protégerait plus directement l’épargnant qu’une participation minoritaire de l’État dans leur capital. La couverture devrait être plafonnée afin de privilégier les petits comptes, avec des règles publiques sur les montants garantis, les délais de remboursement et les dépôts éligibles.
L’accès au crédit exige, de son côté, une politique différente. Les banques pourraient être tenues de publier la part de leurs financements consacrée aux PME, aux ménages, aux agriculteurs et aux sous-traitants locaux. Les incitations prudentielles et fiscales pourraient ensuite encourager les établissements qui financent réellement l’économie intérieure sans dégrader la qualité de leurs portefeuilles.
L’ouverture du capital aux investisseurs congolais peut également être recherchée sans imposer systématiquement la présence de l’État. Les compagnies d’assurances, les caisses de retraite, les fonds d’investissement et d’autres investisseurs institutionnels locaux peuvent participer au capital bancaire, à condition que leur gouvernance et leurs ressources soient protégées.
La question centrale n’est donc pas de savoir si l’actionnaire est étranger ou congolais. Elle consiste à déterminer qui absorbe les pertes, dans quel délai les épargnants récupèrent leur argent et quelle part des dépôts collectés finance effectivement l’économie de la RDC. Tant que ces réponses resteront imprécises, le risque supporté par le déposant demeurera supérieur à la protection qui lui est promise.
— M. KOSI









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