Une étude scientifique estime qu’entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient quitté la RDC entre 2000 et 2024, incorporées aux exportations d’hydroxyde de cobalt, principalement vers la Chine. Les chercheurs évoquent un défaut de traçabilité, sans démontrer l’existence d’un transfert volontaire d’uranium.
Entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient été exportées depuis la République démocratique du Congo entre 2000 et 2024 à l’intérieur de cargaisons d’hydroxyde de cobalt. Cette estimation a été publiée le 30 juillet 2026 dans la revue Nature Communications par des chercheurs des universités du Wisconsin-Madison et de Princeton, dans le prolongement d’une enquête réalisée avec Lighthouse Reports et le Financial Times.
L’étude ne décrit pas des cargaisons officiellement déclarées comme de l’uranium. Elle soutient que ce minerai se trouvait sous forme d’impureté naturelle dans les produits de cobalt expédiés principalement vers les raffineries chinoises. Les auteurs ne concluent pas à une organisation volontaire destinée à transférer de l’uranium hors de la RDC. Ils mettent plutôt en cause les mécanismes d’identification, de déclaration et de contrôle appliqués aux exportations de cobalt.
Cette présence s’explique par la géologie de la ceinture cuprifère du Katanga, où le cuivre, le cobalt et l’uranium peuvent être associés dans un même gisement. Lorsque l’uranium n’est pas suffisamment retiré au cours du traitement, une partie peut rester dans l’hydroxyde de cobalt destiné à l’exportation. Pour établir leurs estimations, les chercheurs ont croisé des données géologiques, des analyses de concentration, des statistiques de production par mine et une modélisation chimique des procédés de traitement.
Selon leurs calculs, moins de 10 % des volumes estimés auraient été déclarés publiquement et placés sous les mécanismes internationaux de garanties nucléaires. Cette proportion repose toutefois sur une modélisation scientifique et non sur un inventaire officiel réalisé cargaison par cargaison.
La majorité des produits concernés aurait été envoyée vers la Chine, qui concentre environ 95 % des capacités mondiales de raffinage du cobalt. Pendant cette opération, l’uranium doit être séparé pour permettre au cobalt d’atteindre les niveaux de pureté exigés par l’industrie. Il peut alors devenir un sous-produit identifiable.
Les auteurs estiment que les volumes concernés pourraient théoriquement suffire, après conversion et enrichissement, à produire la matière nécessaire à plusieurs centaines d’armes nucléaires ou à alimenter un réacteur civil pendant plusieurs années. Cette comparaison mesure uniquement le potentiel physique du matériau. L’enquête n’a pas établi l’usage qui aurait été fait de l’uranium après son arrivée en Chine.
Des concentrations élevées évoquées à Tenke Fungurume
L’enquête s’appuie également sur des documents internes attribués à Tenke Fungurume Mining, aujourd’hui contrôlée par le groupe chinois CMOC. Ces documents indiqueraient que certains échantillons de cobalt contenaient jusqu’à 1 100 parties par million d’uranium en décembre 2016, soit environ quinze fois le seuil de 75 parties par million présenté comme applicable aux exportations.
Des relevés couvrant la période allant de juin 2016 à décembre 2020 montreraient aussi que ce seuil aurait été dépassé pendant plus de 70 % des journées documentées. CMOC conteste ces conclusions. Le groupe affirme que l’hydroxyde de cobalt produit à Tenke Fungurume respecte les exigences réglementaires et déclare ne pas reconnaître la provenance des données historiques utilisées dans l’enquête.
L’Agence internationale de l’énergie atomique considère, de son côté, que la RDC respecte ses obligations de garanties. Un expert de l’agence a également estimé qu’une partie importante de l’uranium présent dans le cobalt peut rester dans les déchets miniers après le traitement.
L’étude évalue entre 1 000 et 4 000 tonnes les volumes d’uranium qui auraient pu être rejetés dans les résidus miniers en RDC. Cette situation soulève des préoccupations environnementales et sanitaires liées à l’exposition des travailleurs, à la contamination possible de l’eau et des sols ainsi qu’à la proximité de certaines communautés avec les sites concernés.
Un responsable congolais du secteur nucléaire a jugé techniquement possible que les raffineries étrangères récupèrent l’uranium contenu dans le cobalt. Il a également évoqué l’installation de portiques capables de mesurer la radioactivité des cargaisons quittant le pays par les frontières zambiennes.
La portée de cette enquête devra désormais être confrontée à des contrôles indépendants menés dans les mines, les unités de traitement et les postes de sortie. Un audit national des concentrations d’uranium dans les produits de cuivre et de cobalt permettrait d’établir les volumes concernés, les responsabilités éventuelles et les mesures nécessaires pour renforcer la traçabilité des exportations.
— J. KAKESA









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