La flambée initiale du cuivre après l’annonce de l’interdiction congolaise des exportations de concentrés semble avoir surestimé son effet immédiat sur l’offre mondiale. La RDC exporte déjà principalement du cuivre raffiné, tandis que Goldman Sachs juge l’impact supplémentaire de la mesure limité. La question se déplace désormais vers les dérogations que Kinshasa acceptera ou refusera aux producteurs.
L’annonce de l’arrêté interministériel signé le 29 juin 2026 avait provoqué une réaction brutale à Londres. Le cuivre à trois mois avait progressé jusqu’à 14 369,50 USD la tonne sur le London Metal Exchange, tandis que le prix au comptant avait atteint un record de 14 453,60 USD. Quelques jours plus tard, une analyse de Reuters relativise cependant le risque physique créé par la décision congolaise. Goldman Sachs estime que l’interdiction n’aura « pas d’impact matériel » sur l’équilibre mondial du cuivre.
Les chiffres d’exportation congolais expliquent cette lecture. Au premier trimestre 2026, la RDC a expédié 696 725 tonnes de cathodes de cuivre, contre seulement 53 926 tonnes de concentrés contenant 18 863 tonnes de cuivre métal. Une très grande partie de la production quitte donc déjà le pays sous une forme transformée. Reuters rapporte également que les importations chinoises de concentrés provenant de RDC ont reculé de 31 % sur un an au premier semestre 2026, signe que la transition vers davantage de traitement local avait commencé avant le nouvel arrêté.
L’interdiction existe déjà, le changement porte sur les dérogations
Le texte de juin ne part pas d’une page blanche. La RDC avait déjà interdit l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt en 2013, 2019 puis en 2023, tout en accordant des dérogations lorsque les capacités locales de traitement ne permettaient pas d’absorber toute la production. L’arrêté de 2023 autorisait explicitement le ministre des Mines à accorder une exemption d’un an en fonction notamment des caractéristiques techniques ou économiques des projets.
Le nouveau dispositif abroge ce régime de 2023 ainsi que les exemptions qui l’accompagnaient. Il maintient toutefois la possibilité de dérogations d’une durée d’un an dans des circonstances qualifiées de « stratégiques ». Le texte cité par Reuters ne détaille pas davantage ces circonstances. C’est cette latitude administrative qui devient désormais déterminante pour les producteurs encore dépendants de l’exportation de concentrés.
Kamoa-Kakula illustre directement cette transition. Depuis le début de sa production en 2021, le complexe d’Ivanhoe Mines et Zijin Mining a obtenu plusieurs dérogations lui permettant d’exporter du concentré. Mais son modèle industriel évolue rapidement. Sa fonderie de 500 000 tonnes de cuivre par an, construite sur le site, fonctionne depuis février autour de 60 % de sa capacité nominale. Ivanhoe indique que sa montée en puissance est actuellement limitée par la disponibilité du concentré à alimenter dans l’installation plutôt que par la capacité technique de la fonderie elle-même.
Au deuxième trimestre, Kamoa-Kakula a produit 61 134 tonnes de cuivre en concentré, tandis que sa propre fonderie a livré 62 072 tonnes de cuivre sous forme d’anodes et de concentrés de scories commercialisables. Une partie des produits est également traitée au Lualaba Copper Smelter de Kolwezi. Ces volumes montrent pourquoi l’effet du nouveau texte peut diminuer à mesure que les capacités locales de fusion montent en régime.
La transformation locale se mesurera aux tonnes autorisées à sortir
L’enjeu pour la politique congolaise n’est donc plus simplement de savoir si les concentrés sont officiellement interdits. Il sera de mesurer combien de tonnes continuent à être exportées sous dérogation, par quelles entreprises et pendant combien de temps.
Si les exemptions restent nombreuses et couvrent l’essentiel des volumes ne pouvant être traités localement, l’effet immédiat sur l’offre mondiale restera limité. Si Kinshasa les réduit à mesure que de nouvelles capacités métallurgiques deviennent disponibles, la réglementation pourra progressivement déplacer davantage de transformation vers la RDC. Reuters note que le Lualaba Copper Smelter dispose déjà d’une capacité d’environ 400 000 tonnes de concentré par an, à laquelle s’ajoute désormais la fonderie de Kamoa-Kakula.
La réaction du marché du cuivre révèle ainsi davantage sa sensibilité actuelle aux risques d’approvisionnement que l’ampleur immédiate de la restriction congolaise. Pour évaluer la politique de transformation locale, le meilleur indicateur sera désormais le suivi annuel des dérogations et des volumes qui quittent encore la RDC sous forme de concentrés.
— M. MASAMUNA









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