À partir du 9 avril 2027, la Banque centrale du Congo veut faire passer les transactions en devises du cash vers les moyens de paiement scripturaux et se réserver l’importation physique des billets étrangers. André Wameso associe cette réforme à un identifiant client unique et à un contrôle accru des flux financiers.
Le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, a précisé le 13 août plusieurs réformes destinées à modifier la circulation du dollar dans l’économie congolaise. Lors d’un Space organisé par ACTUALITE.CD et DESKECO, il a confirmé que les comptes et avoirs en dollars resteront autorisés, mais que la BCC entend réduire l’utilisation physique des devises dans les transactions domestiques et renforcer leur traçabilité.
Cette orientation ne constitue pas une décision entièrement nouvelle. Le Comité de politique monétaire de la BCC avait arrêté dès le 9 avril 2026 le principe d’une réforme applicable douze mois plus tard. À compter du 9 avril 2027, la Banque centrale doit notamment disposer de l’exclusivité de l’importation physique des billets en devises étrangères. Les transactions en monnaies étrangères devraient, de leur côté, être effectuées par voie scripturale, notamment à travers les virements, cartes ou autres systèmes électroniques de paiement.
Le cash en dollars devient la cible principale de la réforme
Pour justifier cette politique, Wameso a avancé lors du Space qu’environ 8,5 milliards USD de billets auraient été importés en RDC en 2025, alors que les dépôts bancaires n’auraient augmenté que de 1,5 milliard USD. Selon son raisonnement, environ 7 milliards USD ne seraient donc plus visibles dans le système bancaire formel. Ce calcul doit toutefois rester présenté comme une déclaration du gouverneur et non comme une statistique consolidée publiée dans les tableaux réguliers de la BCC.
Une autre déclaration du même gouverneur appelle à davantage de prudence. Lors d’une conférence de presse tenue le 28 avril, Wameso avait indiqué que la RDC avait importé 10 milliards USD de cash en 2025, toujours pour une progression des dépôts d’environ 1,5 milliard USD. L’écart non retrouvé dans le système bancaire ressortait alors à 8,5 milliards USD. Entre cette déclaration et celle du 13 août, la valeur du cash importé attribuée à la même année 2025 varie donc de 1,5 milliard USD.
La préoccupation de la Banque centrale reste néanmoins identifiable. Dans une économie fortement dollarisée et encore dominée par les paiements en espèces, une partie des transactions échappe à la traçabilité bancaire. Wameso associe directement cette situation aux risques de blanchiment de capitaux, de financement d’activités illicites et de contournement des dispositifs de sanctions financières. La réforme de 2027 cherche ainsi moins à supprimer le dollar qu’à rendre son utilisation davantage visible dans les circuits financiers formels.
Concrètement, un détenteur de dollars pourra continuer à posséder un compte dans cette devise. Pour effectuer certaines transactions, l’objectif de la BCC est toutefois de privilégier un paiement scriptural ou, lorsque le paiement est réalisé en espèces, une conversion préalable en francs congolais. Les modalités définitives et le champ précis d’application devront être appréciés à partir des instructions réglementaires qui encadreront la mesure.
Identifiant unique et frais bancaires complètent le dispositif
Le contrôle du cash s’accompagne d’un deuxième chantier. André Wameso a annoncé que la BCC travaille sur un identifiant client unique destiné à améliorer l’identification des utilisateurs du système financier. Le projet répond notamment aux obligations de connaissance du client, couramment désignées par le sigle KYC, et doit limiter les risques liés à l’utilisation de plusieurs identités dans différentes institutions financières. Le gouverneur affirme qu’un financement de la Banque africaine de développement a déjà été obtenu pour soutenir ce chantier.
La BCC veut également agir sur le coût des services financiers. Wameso a annoncé la préparation d’un système de comparaison des frais appliqués par les banques afin que les clients puissent confronter plus facilement les tarifs pour des services similaires. L’approche repose sur la concurrence entre établissements plutôt que sur une fixation uniforme des prix bancaires par le régulateur.
Ces réformes posent cependant une question d’exécution. Le passage d’une économie largement alimentée par le cash vers davantage de paiements scripturaux suppose des infrastructures de paiement accessibles, une couverture suffisante des services financiers et des procédures d’identification capables d’intégrer une population dont une partie reste en dehors du système bancaire.
L’échéance du 9 avril 2027 donnera ainsi un premier test concret à la stratégie de la BCC. L’indicateur à suivre ne sera pas seulement la diminution des billets importés, mais aussi la part des transactions effectivement captée par les circuits financiers formels, l’évolution des dépôts bancaires et la capacité des nouvelles règles à améliorer la traçabilité sans compliquer l’accès aux paiements.
— Peter MOYI









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