La RDC veut attirer environ 2 milliards USD d’investissements privés dans la Zone économique spéciale de Musompo-Misampa, au Lualaba, pour produire localement des précurseurs de batteries avant de progresser vers les batteries et les véhicules électriques. Le gouvernement vise le démarrage de l’aménagement du site en 2026 et l’installation des premières unités de transformation en juin 2027.
La Zone économique spéciale de Musompo-Misampa doit devenir l’un des principaux tests de la stratégie congolaise de transformation locale des minerais critiques. Étendu sur plus de 900 hectares près de Kolwezi, le projet vise environ 2 milliards USD d’investissements privés et affiche des projections de 25 000 emplois directs et 60 000 emplois indirects. Ces chiffres constituent toutefois des objectifs associés au développement complet de la zone et non des capitaux déjà investis ou des emplois déjà créés.
Le calendrier administratif s’est précisé cette année. Contrairement à certaines présentations qui évoquent une approbation du projet comme priorité gouvernementale le 20 février 2026, le compte rendu officiel de la 79e réunion du Conseil des ministres indique que le gouvernement avait alors pris acte de l’état d’avancement de Musompo, du redimensionnement du site et d’une feuille de route. Le document précisait également que le financement du projet était « déjà sécurisé » par Afreximbank, sans en publier le montant.
C’est surtout le 12 juin 2026 que le gouvernement a adopté les options destinées à accélérer l’opérationnalisation de la zone. Elles comprennent la valorisation du terrain comme apport de l’État dans la future société de projet, la création accélérée de cette société appelée à devenir l’aménageur du site et l’implication du Conseil congolais de la batterie. Un calendrier de dix activités doit permettre d’engager l’aménagement dans un délai de 90 jours et d’accueillir progressivement les premières entreprises de transformation à partir de juin 2027.
Deux milliards USD restent un objectif d’investissement, pas un financement acquis
La distinction est importante. Les 2 milliards USD annoncés autour de Musompo correspondent aux investissements privés que les autorités espèrent attirer dans les différentes unités industrielles de la zone. Ils ne doivent pas être assimilés au coût de construction de la plateforme industrielle elle-même.
L’aménagement de Musompo est évalué dans plusieurs communications à plus de 200 millions USD. Mais le compte rendu gouvernemental qui confirme l’implication d’Afreximbank ne chiffre pas l’engagement de la banque. Il serait donc prématuré de présenter les 200 millions USD comme un décaissement déjà effectué par Afreximbank.
La première phase industrielle doit se concentrer sur les précurseurs de matériaux de cathodes, avant une extension envisagée vers la fabrication de batteries et éventuellement de véhicules électriques. Dans une batterie de type nickel-manganèse-cobalt, ou NMC, le précurseur constitue un matériau intermédiaire situé entre les métaux raffinés et le matériau actif utilisé dans la cathode. Ce maillon concentre davantage de technologie et de valeur ajoutée que la simple extraction du minerai.
C’est précisément sur ce segment que la chaîne mondiale reste fortement concentrée. L’Agence internationale de l’énergie relève que la production des matériaux actifs et de leurs précurseurs demeure dominée par l’Asie, particulièrement la Chine. Les précurseurs NMC font partie des segments les plus exposés à cette concentration industrielle.
Musompo devra composer avec un marché des batteries qui évolue vite
L’avantage minier de la RDC ne garantit cependant pas automatiquement la compétitivité d’une industrie de précurseurs. Le marché mondial des batteries évolue rapidement. En 2025, les batteries lithium-fer-phosphate, LFP, ont dépassé 55 % des batteries utilisées dans les véhicules électriques à l’échelle mondiale, selon l’AIE. Cette chimie ne contient ni nickel ni cobalt et était en moyenne plus de 40 % moins chère par kilowattheure que les batteries NMC.
Le marché NMC reste néanmoins loin d’avoir disparu. Hors de Chine, près de 80 % des batteries de véhicules électriques déployées en 2025 utilisaient encore des chimies contenant du nickel, selon l’AIE. Musompo devra donc viser des débouchés où les performances des batteries NMC, notamment leur densité énergétique, conservent un avantage commercial, tout en affrontant une concurrence internationale déjà industrialisée.
Cette évolution renforce l’importance du choix technologique. Un projet conçu uniquement autour de la disponibilité du cobalt congolais pourrait devenir vulnérable si la demande mondiale se déplace plus rapidement vers d’autres chimies. Une plateforme industrielle capable d’accueillir plusieurs étapes de transformation et de s’adapter aux différentes technologies de batteries offrirait davantage de flexibilité.
La RDC dispose parallèlement d’un argument supplémentaire depuis l’interdiction, décidée en 2026, de certaines exportations de concentrés de cuivre et de cobalt, mesure destinée à pousser davantage de transformation sur le territoire national. Mais attirer les usines nécessitera aussi une alimentation électrique compétitive et stable, des infrastructures logistiques, des compétences industrielles et des contrats d’approvisionnement capables de sécuriser les matières premières sur plusieurs années.
Musompo est donc encore davantage un projet d’industrialisation à exécuter qu’une industrie déjà constituée. D’ici juin 2027, les indicateurs les plus importants seront la création effective de la société d’aménagement, le début des travaux de viabilisation, le montant réellement engagé par Afreximbank et surtout l’identité des premiers industriels prêts à convertir l’objectif de 2 milliards USD en investissements effectivement financés.
M. KOSI









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