La République démocratique du Congo dispose de plus de 8,3 milliards USD de financements extérieurs déjà engagés mais encore non décaissés, alors que son Plan national stratégique de développement 2024-2028 affiche parallèlement un déficit de financement de 44,19 milliards USD. Le rapprochement de ces deux chiffres expose une faiblesse moins liée à la recherche de capitaux qu’à la capacité de transformer les financements obtenus en projets effectivement exécutés.
Sur un portefeuille actif de projets financés par les partenaires techniques et financiers supérieur à 10,7 milliards USD, seuls 24,3 % avaient été décaissés selon l’analyse de l’Inspection générale des finances présentée au Conseil des ministres du 14 août 2026. Plus de 8,3 milliards USD restaient ainsi à mobiliser pour les projets auxquels ces ressources sont déjà affectées.
Le chiffre avait déjà conduit le président Félix Tshisekedi à demander un plan gouvernemental de redressement. Les causes identifiées par l’exécutif comprennent les lourdeurs procédurales, les retards dans la mise à disposition des fonds de contrepartie par l’État et les insuffisances dans le pilotage des projets. Les ministères du Budget, du Plan et des Finances ont notamment été chargés d’améliorer la coordination et le suivi des décaissements.
Pris isolément, ce taux de 24,3 % mesure une faible capacité d’absorption. Mis en regard des besoins de développement que la RDC cherche actuellement à financer, il devient un problème de politique d’investissement.
Un besoin de 94,74 milliards USD, mais seulement 50,55 milliards identifiés
Le Plan national stratégique de développement 2024-2028 évalue à 94,74 milliards USD le coût des programmes que le gouvernement prévoit de mettre en œuvre sur cinq ans. Les financements considérés comme prévisibles atteignent 50,55 milliards USD, soit 53,4 % du besoin total. Il reste donc 44,19 milliards USD à rechercher, l’équivalent de 46,6 % du coût du plan.
Les infrastructures et l’aménagement du territoire constituent le premier poste du PNSD, avec 93 094,9 milliards de CDF, soit 33,89 % du coût global programmé. Viennent ensuite la diversification de l’économie, le développement du capital humain, la gouvernance et le développement durable des provinces.
Le contraste est important. Les 8,3 milliards USD actuellement non décaissés représentent près de 18,8 % du déficit de financement de 44,19 milliards USD inscrit dans le PNSD, selon un calcul de Lepoint.cd. Ils équivalent aussi à environ 8,8 % du coût total du plan.
Ces montants ne sont évidemment pas interchangeables. Les 8,3 milliards sont déjà affectés à des projets et soumis à des conventions, calendriers, conditions de décaissement et procédures propres à chaque bailleur. Ils ne peuvent donc pas être simplement réalloués pour combler le déficit du PNSD. La comparaison mesure plutôt l’ampleur du paradoxe financier congolais. Le pays doit continuer à lever plusieurs dizaines de milliards de dollars tout en accélérant simultanément l’utilisation des ressources qu’il a déjà sécurisées.
Semafor a ajouté, le 26 août, un autre indicateur à cette question. À partir des données de la Banque mondiale, le média estime que 2,24 milliards USD de crédits et dons destinés à la RDC et approuvés avant 2024 restaient encore non décaissés à fin juillet 2026. À l’échelle de l’Afrique subsaharienne, 32,6 milliards USD approuvés avant 2024 restaient non décaissés dans 525 projets, selon la même analyse.
Mobiliser davantage ne suffit plus
La difficulté ne signifie pas nécessairement que chaque retard relève exclusivement de l’administration congolaise. Les décaissements des bailleurs sont souvent séquencés selon l’avancement physique des projets et le respect de conditions préalables. Flory Mapamboli, député et ancien conseiller au Trésor cité par Semafor, rappelle qu’un financement destiné à un chantier pluriannuel n’a pas vocation à être versé intégralement dès sa signature.
Le problème apparaît lorsque des conditions sont déjà satisfaites mais que les procédures, les contreparties nationales ou la gestion retardent encore l’accès aux fonds. Chaque mois de retard peut alors reporter une route, une centrale, un équipement sanitaire ou un autre investissement dont le financement existe déjà.
Cette situation intervient au moment où la RDC diversifie ses sources de capitaux. Elle a notamment accédé en 2026 au marché international obligataire et multiplie les partenariats public-privé pour financer les infrastructures. Le gouvernement compte également sur les bailleurs et le secteur privé pour fournir une part importante des 50,55 milliards USD déjà identifiés dans le PNSD.
La capacité de mobilisation ne peut donc plus être évaluée uniquement à partir du montant des prêts, dons ou investissements annoncés. Le véritable indicateur devient le taux auquel les financements obtenus sont décaissés puis transformés en infrastructures et services effectivement livrés. Avec 8,3 milliards USD encore en attente dans le portefeuille extérieur et 44,19 milliards supplémentaires à rechercher pour le PNSD, la RDC doit désormais résoudre les deux problèmes en même temps.
H. KABAMBA









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