Le cuivre a terminé la semaine du 28 août autour de 14 535 USD la tonne au comptant à Londres, tandis que le Chili a abaissé sa prévision de production 2026 à 5,27 millions de tonnes, en recul de 2,6 %. Pour la RDC, dont les volumes progressent rapidement, cette configuration augmente l’attractivité des nouveaux projets. Mais elle déplace aussi la contrainte vers le financement, l’électricité et les corridors capables d’évacuer davantage de métal.
Le niveau de 14 535 USD la tonne observé le 28 août doit d’abord être correctement interprété. Il correspond au prix cash du cuivre à Londres et non à un nouveau record absolu. Le cash avait déjà atteint 14 850 USD le 17 août. De son côté, Reuters avait situé le précédent sommet du contrat trois mois du London Metal Exchange à 14 527,50 USD. Cochilco indique que le cuivre a terminé la semaine à 6,59 USD la livre, avec un prix moyen 2026 désormais supérieur de près de 40 % à celui observé à la même date de 2025.
L’autre nuance concerne l’origine de cette tension. Le marché ne traverse pas actuellement une pénurie générale de cuivre raffiné. Cochilco prévoit encore un surplus mondial de 225 000 tonnes en 2026, équivalant à seulement 0,8 % de la demande. Reuters évoque également la concentration exceptionnelle des stocks aux États-Unis, où les anticipations de futurs droits de douane ont attiré le métal au détriment des disponibilités à Londres et en Asie. La vraie tension se situe davantage dans les concentrés, les perturbations minières et la répartition géographique des stocks que dans un déficit global uniforme du cuivre raffiné.
Le Chili recule en 2026 pendant que la RDC augmente ses volumes
Cochilco estime désormais la production chilienne à 5,27 millions de tonnes en 2026, soit une baisse de 2,6 % sur un an. Le premier semestre a été pénalisé par Codelco, Escondida et Spence ainsi que par des contraintes opérationnelles et des teneurs plus faibles. Codelco a encore annoncé le 28 août une chute de 11 % de sa propre production semestrielle à 564 000 tonnes. Le recul chilien ne doit toutefois pas être présenté comme irréversible puisque Cochilco anticipe un rebond à 5,55 millions de tonnes en 2027, soit +5,2 %.
Cette difficulté du premier producteur mondial augmente néanmoins l’intérêt pour les nouveaux volumes disponibles ailleurs. S&P Global estime que l’offre minière mondiale ne progresserait que de 0,2 % en 2026, à 23,5 millions de tonnes, les nouvelles capacités ne compensant que difficilement les interruptions, baisses de teneur et retards de projets. Le cabinet observe parallèlement que les grands groupes miniers prévoient un record de 121,6 milliards USD de dépenses d’investissement en 2026, avec le cuivre parmi leurs priorités.
La RDC arrive dans cette phase avec des volumes déjà considérables. Le rapport statistique du ministère des Mines indique 1 724 217 tonnes de cuivre exportées au premier semestre 2026, après 3,4 millions de tonnes sur l’ensemble de 2025. Les cathodes représentent près de 86 % des exportations semestrielles. Le même rapport comptabilise parallèlement 2,286 millions de tonnes de cuivre contenu produites, mais cet agrégat couvre différentes formes marchandes et ne doit pas être comparé directement avec la production minière chilienne.
La progression congolaise se joue désormais autant hors des mines que dans les gisements. Kamoa-Kakula augmente ses capacités de fusion, CNMC prépare de nouveaux développements comme Msesa, tandis que la politique congolaise pousse davantage de concentrés vers la transformation locale. S&P Global estime d’ailleurs que la montée en puissance de la fonderie de Kamoa-Kakula, d’une capacité nominale de 500 000 tonnes par an, va absorber une part croissante du concentré produit localement.
Pour les banques, le cuivre crée surtout un marché de flux et de financement court-moyen terme
Cette expansion ouvre un deuxième marché, celui du financement qui accompagne chaque tonne supplémentaire. Les groupes miniers ont besoin de crédits de campagne, garanties, financement des fournisseurs, couverture de change, crédit-bail pour les équipements, financement des stocks et solutions de cash management. Les sous-traitants locaux doivent parallèlement financer leurs créances lorsqu’ils travaillent pour de grandes mines dont les délais de paiement peuvent dépasser leurs propres capacités de trésorerie.
Les rapports bancaires congolais montrent déjà à quel point l’activité minière pèse dans certains portefeuilles. Chez Standard Bank RDC, 2 159,6 milliards de CDF de crédits à moyen terme étaient affectés aux mines en 2025, sur un total comptable de 3 175,5 milliards de crédits à la clientèle. Le tableau prudentiel montre cependant seulement 3,07 milliards de CDF classés à long terme sur 3 418 milliards de crédits ventilés par maturité. Autrement dit, même dans une banque fortement orientée vers les grandes entreprises, le financement bancaire local de très longue durée reste marginal.
C’est ici que le cycle actuel du cuivre crée un paradoxe pour le secteur financier congolais. Les banques peuvent capter davantage de transactions, de commissions, de devises et de besoins de financement liés à l’expansion minière sans nécessairement disposer des maturités nécessaires pour financer elles-mêmes une nouvelle mine, une centrale électrique ou un chemin de fer sur quinze ou vingt ans. Le financement des infrastructures continuera donc de dépendre largement des groupes miniers, banques internationales, agences de développement, marchés de capitaux et montages de project finance.
La hausse du cuivre améliore ainsi l’équation économique de la RDC, mais elle ne supprime pas ses contraintes. Les tonnes supplémentaires doivent disposer d’électricité, être transformées puis atteindre un port à un coût compétitif. Si la production mondiale reste contrainte et que le Chili progresse moins vite, l’avantage congolais dépendra de la vitesse à laquelle le pays transforme ses réserves en capacités minières, énergétiques et logistiques effectivement opérationnelles.
Peter MOYI









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