Le prix de référence de l’hydroxyde de cobalt livré en Chine est tombé à 15,75–17,35 USD la livre le 10 septembre, contre 22–23 USD un mois plus tôt. La baisse intervient alors que la RDC limite toujours ses exportations. Elle signale un déplacement du risque de marché vers la demande, notamment dans l’électronique grand public, et rappelle que la maîtrise de l’offre ne suffit pas à elle seule à maintenir les prix.
La stratégie congolaise de régulation de l’offre de cobalt rencontre son premier test important du côté de la demande mondiale. Le 10 septembre, Fastmarkets évaluait l’hydroxyde de cobalt contenant au moins 30 % de cobalt, CIF Chine, entre 15,75 et 17,35 USD la livre, contre 22 à 23 USD un mois auparavant. Au milieu des deux fourchettes, le prix est ainsi passé de 22,50 à 16,55 USD, soit une baisse de 26,4 % en un mois, d’après le calcul de notre rédaction.
Cette correction concerne spécifiquement l’hydroxyde de cobalt, principale matière première congolaise alimentant les raffineries chinoises. Elle ne doit donc pas être confondue avec une baisse identique du cobalt métal, du sulfate ou de l’ensemble des produits cobaltés. Elle est néanmoins particulièrement instructive pour la RDC puisque le pays maintient jusqu’à fin 2027 un système de quotas destiné à contrôler les quantités exportées après les fortes tensions de surproduction observées les années précédentes.
Fastmarkets constate que la préoccupation des acheteurs s’est déplacée. Pendant une grande partie de 2026, le marché se concentrait sur la rareté des matières premières, les quotas congolais et les contraintes pesant également sur la production indonésienne. Depuis l’été, le ralentissement de certains débouchés chinois pèse davantage sur les prix. La demande de cobalt provenant des batteries LCO, lithium-cobalt-oxyde, utilisées notamment dans les smartphones, ordinateurs portables et tablettes, devrait diminuer de 9 % sur un an, même si la consommation mondiale totale de cobalt devrait encore progresser.
Fastmarkets relie cette contraction attendue à la baisse des expéditions d’appareils électroniques. L’essor des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle absorbe davantage de semi-conducteurs et contribue à renchérir certains composants destinés à l’électronique grand public. Le choc qui atteint le cobalt n’est donc plus exclusivement minier. Il se transmet désormais depuis les arbitrages industriels en aval de la chaîne.
Les quotas réduisent l’offre, sans pouvoir fixer seuls le prix
La RDC a plafonné à 87 000 tonnes de cobalt contenu par an les exportations de 2026 et 2027, auxquelles s’ajoute une réserve stratégique annuelle de 9 600 tonnes. Chez Glencore, les allocations représentent 22 800 tonnes en 2026 en incluant les quotas 2025 reportés, puis 18 800 tonnes en 2027 pour KCC et Mutanda. Le groupe affirme disposer de stocks suffisants pour utiliser ses allocations et adapte en conséquence sa production en donnant davantage de priorité au cuivre.
Cette adaptation est déjà visible dans les comptes des producteurs. Glencore n’a produit que 10 200 tonnes de cobalt au premier semestre 2026, en recul de 46 % sur un an, en expliquant cette baisse par le régime congolais de quotas et par le stockage de cobalt sous différentes formes avant sa commercialisation future. À l’inverse, CMOC a produit 65 305 tonnes de cobalt au premier semestre, soit 6,9 % de plus sur un an. La production minière peut donc continuer à évoluer indépendamment du rythme auquel le métal est autorisé à quitter le territoire.
Les statistiques minières congolaises montrent qu’au premier semestre 2026, la RDC a exporté 119 015 tonnes d’hydroxydes de cobalt représentant environ 41 140 tonnes de cobalt contenu. Le Lualaba concentrait près de 91 % du volume d’hydroxydes exporté. Le document officiel cite notamment CMOC Kisanfu, KCC et Metalkol parmi les principaux exportateurs.
Ces données illustrent l’effet réel du dispositif congolais sur la disponibilité, mais la baisse observée depuis août montre la limite économique d’une politique agissant principalement sur l’offre. Les quotas peuvent raréfier la matière première et soutenir les prix par rapport à un scénario sans restriction. Ils ne peuvent cependant pas empêcher un recul lorsque les acheteurs réduisent leurs besoins ou lorsque la composition technologique de la demande change.
LFP et sodium-ion élargissent le risque technologique
Le problème devient plus structurel pour Kinshasa lorsque l’on regarde les chimies de batteries. Dans le stockage stationnaire, les batteries LFP, qui n’utilisent ni cobalt ni nickel, représentent déjà plus de 90 % du marché selon l’Agence internationale de l’énergie citée par Fastmarkets. Les technologies sodium-ion progressent également dans ce segment. CATL prévoit notamment de commencer des livraisons mondiales de systèmes de stockage sodium-ion en 2027.
Cela ne signifie pas que le cobalt disparaît de la demande mondiale. Les chimies NCM et NCA continuent d’en utiliser dans l’automobile, tandis que le LCO reste important dans l’électronique. Fastmarkets prévoit d’ailleurs toujours une croissance globale de la demande de cobalt. Mais la combinaison entre amélioration des technologies sans cobalt et ralentissement de certains marchés très intensifs en cobalt réduit progressivement la capacité d’un seul producteur, même dominant, à piloter le prix uniquement par les volumes exportés.
Pour la RDC, le signal du mois de septembre est donc plus stratégique que la seule baisse de 26 %. La politique de quotas devra être évaluée simultanément à travers les volumes effectivement exportés, l’évolution des stocks détenus par CMOC, Glencore et les autres producteurs, les prix du sulfate et du métal, mais surtout la répartition future de la demande entre LCO, NCM, NCA, LFP et sodium-ion.
Le prochain test sera de savoir si la baisse actuelle de l’hydroxyde reste une correction provoquée par la faiblesse temporaire de l’électronique chinoise ou si elle annonce une modification plus durable du rapport entre l’offre congolaise et les technologies qui consomment du cobalt.
M. KOSI









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