La RDC a exporté 1 724 217 tonnes de cuivre au premier semestre 2026, contre 1 650 189 tonnes un an plus tôt, soit une progression de 4,5 %. Le changement le plus stratégique se situe dans les destinations : le ministère des Mines indique que la part orientée vers les États-Unis et l’Europe a doublé par rapport à 2025, sous l’effet notamment de la nouvelle politique commerciale de Gécamines.
La diversification géographique du cuivre congolais commence à apparaître dans les statistiques officielles. Le rapport du ministère des Mines sur le premier semestre 2026, repris cette semaine par Reuters, indique que la part des ventes de cuivre destinées aux États-Unis et à l’Europe a doublé par rapport à 2025. Le document qualifie cette évolution d’« offensive de diversification » destinée à réduire la dépendance aux circuits commerciaux chinois et à permettre à l’État de commercialiser davantage directement les volumes correspondant à ses participations minières.
Sur les volumes, la RDC a exporté exactement 1 724 217,20 tonnes de cuivre entre janvier et juin 2026, contre 1 650 188,87 tonnes au premier semestre 2025. La progression ressort ainsi à 4,49 %, d’après le calcul de notre rédaction à partir du tableau comparatif officiel.
Cette précision est importante car une partie narrative du même rapport évoque ailleurs une progression estimée à 12 %. Les valeurs tabulaires comparables pour les deux semestres conduisent cependant à une hausse de 4,5 %. Lepoint.cd retient donc les données chiffrées détaillées du tableau officiel.
La structure des exportations confirme également le poids de la transformation déjà réalisée sur le territoire. Les cathodes ont représenté 1 477 389 tonnes, soit environ 85,7 % du cuivre exporté au premier semestre. Le pays a parallèlement expédié 151 202 tonnes de concentrés contenant 50 629 tonnes de cuivre, ainsi que 194 037 tonnes de cuivre de fusion.
Gécamines commence à modifier la géographie commerciale du cuivre
Le changement de destination est associé à la stratégie engagée par Gécamines pour reprendre le contrôle commercial d’une partie des métaux produits dans ses joint-ventures. Reuters cite les accords conclus avec Mercuria et Glencore, notamment autour des volumes correspondant aux participations de l’entreprise publique dans Tenke Fungurume Mining, KCC et d’autres actifs.
Une opération permet déjà de mesurer l’échelle recherchée. En janvier, Gécamines a exercé son droit d’achat sur 100 000 tonnes de la production 2026 de Tenke Fungurume Mining, volume correspondant à sa participation de 20 % et destiné au marché américain. Mercuria fournit l’appui financier, logistique et commercial à cette stratégie. À terme, Gécamines dit vouloir obtenir des droits de commercialisation pouvant atteindre 500 000 tonnes de cuivre et 40 000 tonnes de cobalt par an.
Le rapport semestriel ne donne toutefois pas le volume agrégé effectivement expédié vers les États-Unis et l’Europe. Il établit que leur part a doublé, mais ne permet pas encore de déterminer combien de tonnes ont quitté les circuits asiatiques, ni de séparer les volumes américains des volumes européens. Reuters relève la même limite dans les données disponibles.
Il serait donc prématuré de parler d’un basculement du cuivre congolais hors du marché chinois. La donnée confirme une diversification en cours, mais pas encore son poids exact dans les 1,724 million de tonnes exportées.
Le cobalt évolue dans le sens inverse
Le premier semestre présente une trajectoire différente pour le cobalt. Le volume de cobalt contenu dans les hydroxydes exportés est passé de 43 930 tonnes au premier semestre 2025 à 41 140 tonnes en 2026, soit une contraction de 6,35 %. Cette baisse intervient dans un marché désormais encadré par les restrictions et quotas congolais à l’exportation.
Il faut ici distinguer le métal contenu du poids brut des hydroxydes. Au premier semestre, la RDC a exporté 119 015 tonnes d’hydroxyde de cobalt, correspondant à 41 140 tonnes de cobalt contenu. CMOC Kisanfu a été le premier exportateur avec 24 824,78 tonnes d’hydroxyde, contenant 8 410,14 tonnes de cobalt. KCC de Glencore suit avec 15 348,96 tonnes d’hydroxyde, devant Metalkol d’ERG avec 14 353,05 tonnes.
La nouvelle géographie du cuivre devient ainsi l’un des premiers indicateurs quantifiables de la stratégie engagée par Kinshasa avec les États-Unis et ses partenaires occidentaux. La prochaine étape sera de disposer des tonnages par destination, des valeurs FOB et des prix réalisés, afin de déterminer si le doublement de la part américaine et européenne représente quelques dizaines de milliers de tonnes ou un déplacement beaucoup plus important des flux commerciaux congolais.
Noella NGOLA









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