L’Alliance citoyenne pour la Patrie demande au Trésor américain d’examiner les flux que Bank of Kigali pourrait faire passer par le système chinois de paiement en renminbi. Elle évoque le risque d’un contournement des sanctions liées aux minerais de l’est de la RDC. Il s’agit d’une demande d’examen, sans violation établie.
L’Alliance citoyenne pour la Patrie (AP), une organisation congolaise, a saisi le 2 octobre 2026 l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), le service du Trésor américain chargé des sanctions économiques. Selon Mediacongo, son dossier, daté du 1er octobre, demande à l’OFAC d’examiner les opérations que Bank of Kigali pourrait réaliser par le Cross-Border Interbank Payment System (CIPS), le système chinois de règlement des paiements internationaux en renminbi. L’AP vise les bénéficiaires effectifs de ces opérations, le rôle d’éventuelles sociétés intermédiaires et les paiements liés aux minerais des zones de conflit de l’est de la RDC. L’organisation ne présente aucun élément montrant que la banque aurait facilité des transactions au profit de personnes ou d’entités sanctionnées.
L’adhésion visée est récente. Bank of Kigali, première banque du Rwanda, a signé le 8 septembre à Xiamen, en Chine, un accord qui en fait un participant direct du CIPS. C’est la première banque dont le siège est en Afrique de l’Est ou centrale à obtenir ce statut. La banque présente cette adhésion comme un moyen de rendre plus directs les paiements entre le Rwanda et la Chine, son premier partenaire commercial. Le CIPS fonctionne en complément du réseau SWIFT et non à sa place. En juin 2026, il comptait 210 participants directs et 1 619 participants indirects dans le monde. La sud-africaine Standard Bank avait été la première banque africaine à y adhérer directement.
Un contexte de sanctions américaines contre des acteurs rwandais
La démarche de l’AP s’appuie sur une série de sanctions américaines. Le 2 mars 2026, l’OFAC a sanctionné les Forces rwandaises de défense (RDF) pour leur soutien au M23. Le 25 juin, le Trésor a sanctionné la raffinerie Gasabo Gold, établie à Kigali, ses deux dirigeants et trois sociétés minières liées à son président. Il les accuse d’avoir raffiné au moins 60 kilogrammes d’or sortis du Sud-Kivu sous escorte de soldats rwandais et du M23 au début de 2026. Le Rwanda conteste les accusations sur son rôle dans l’est de la RDC.
Le cœur de l’argument de l’AP est financier. Un paiement en renminbi réglé par le CIPS ne passe pas par le système de compensation en dollars, sur lequel s’appuient en grande partie les contrôles américains. L’AP soutient que ces circuits devraient être surveillés pour éviter qu’ils servent à des entités sanctionnées. Pour la RDC, l’enjeu concerne la traçabilité de l’argent tiré des minerais exportés illégalement de l’Est. Les accords de Washington, signés le 4 décembre 2025 par la RDC et le Rwanda, prévoient précisément des chaînes d’approvisionnement minières transparentes et traçables.
Une saisine de l’OFAC ne déclenche pas automatiquement d’enquête publique. Seule une nouvelle désignation sur la liste des sanctions du Trésor ou une déclaration officielle indiquerait que les autorités américaines ont donné suite.









Votre avis compte
Une precision, un chiffre a corriger, une experience terrain ou une question utile ? Votre commentaire peut enrichir le debat economique.