Kinshasa et Washington amorcent un partenariat d’une ampleur inédite. Ce 1er mai 2025, le président Félix Antoine Tshisekedi s’envole vers la capitale américaine pour sceller un accord évalué à près de 500 milliards de dollars d’investissements, étalés sur quinze ans. Une initiative qui redessine la carte économique et géopolitique de la République Démocratique du Congo.
Dévoilé par le bureau des affaires africaines du Département d’État américain le 29 avril, cet accord ambitionne de transformer durablement les infrastructures du pays. Routes, hôpitaux, réseaux d’énergie et plateformes numériques figurent parmi les priorités listées. Selon les premières projections, ce plan pourrait créer plus de 3 millions d’emplois directs et indirects dès les cinq premières années, avec une croissance attendue de 2,5 % du PIB national dès 2027, selon les estimations croisées du Brookings Institute et du FMI.
Sur le terrain sécuritaire, la coopération franchit un seuil nouveau. Washington entend soutenir la stabilisation de l’Est congolais, région minée par l’insécurité chronique. Une enveloppe dédiée sera affectée à la formation des forces armées, à l’équipement militaire, et à la refonte du système judiciaire lié aux conflits. Selon une source diplomatique à Kinshasa, l’objectif est de réduire de 40 % les activités des groupes armés dès 2028.
Le volet minier constitue un pilier essentiel du pacte. Le cobalt, le cuivre et le lithium — trois ressources clés pour les technologies vertes — seront extraits selon des standards de transparence renforcés. Un mécanisme de co-bénéfice prévoit un partage des revenus supérieur à 55 % en faveur de la RDC, contre une moyenne régionale de 35 %, d’après le dernier rapport de la Banque mondiale sur l’industrie extractive en Afrique.
La coopération intègre également un transfert massif de technologies, en particulier dans l’énergie solaire, l’hydrogène vert et la transformation des matières premières. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) accompagnera plusieurs centres de formation technique à Kinshasa et Lubumbashi, avec un premier campus opérationnel prévu pour décembre 2026.
À Kinshasa, les avis se croisent. Les autorités présentent l’accord comme une « réorientation historique » du développement national. Mais dans les rangs de l’opposition et au sein de la société civile, la prudence domine. Des organisations telles que l’ASADHO et l’Observatoire pour la Gouvernance des Ressources Naturelles demandent l’instauration d’un comité indépendant de surveillance des projets. Le souvenir des échecs passés dans la gestion des ressources reste vivace.
Les revendications portent sur trois axes : garantir une transparence intégrale des contrats, protéger la souveraineté économique, et assurer la participation effective des communautés affectées par les projets miniers. Le Centre Carter, dans son dernier rapport sur la gouvernance en RDC, alerte sur les risques de captation des bénéfices par une élite restreinte.
Cette avancée s’inscrit dans une dynamique plus large de recherche de stabilité dans les Grands Lacs. La signature récente d’une « déclaration de principes » entre Kinshasa et Kigali, sous l’égide américaine, laisse entrevoir la possibilité d’une décrispation régionale, à condition que les engagements se traduisent en actes concrets.
— Peter MOYI

