Assurances en RDC : une commission pour refondre le cadre, sur un marché passé de 70 à 350 millions USD

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Le 29 août 2025, la Première ministre Judith Suminwa a institué une commission interministérielle pour conduire une « réforme en profondeur » du secteur des assurances. Cap recherché : compétitivité, réassurance locale et canalisation de l’épargne vers l’investissement, alors que le marché est passé de 70 millions USD en 2019 à plus de 350 millions USD en 2024.

Le mandat est double : dresser un état des lieux et livrer des propositions capables d’aligner la place congolaise sur les standards internationaux. Trois axes structurent la démarche : élargir la couverture à tous les secteurs de la vie nationale, renforcer la capacité de réassurance locale pour réduire l’évasion de capitaux et mobiliser les ressources de l’assurance au service du financement de l’économie. L’exécutif vise un « pilier stratégique du développement économique » : davantage de protection pour les ménages et les entreprises, et un réservoir de capitaux orienté vers les investissements productifs.

Que change la commission par rapport au projet du 11 avril ?

Ce mouvement intervient alors qu’un projet de loi modifiant la loi n° 15/005 du 17 mars 2015 avait été adopté en Conseil des ministres le 11 avril 2025, en attente d’examen parlementaire. Aucune explication officielle n’a été fournie sur ce changement de voie. Le texte d’avril corrigeait des erreurs matérielles et techniques et introduisait des innovations pour permettre au secteur de « remplir pleinement son rôle » dans l’économie et s’aligner sur les normes internationales.

Parmi ces innovations figuraient l’intégration de la micro-assurance pour l’inclusion financière, une souscription minimale obligatoire des compagnies aux titres publics, l’adoption des technologies numériques, la diversification des moyens de paiement des primes, le renforcement des droits des assurés, ainsi que la création d’une Direction générale des assurances chargée du contrôle des assurances obligatoires et de la gestion des fonds de garantie. Autant d’outils pensés pour élargir l’accès, fiabiliser les flux et sécuriser les engagements.

Le contexte de marché justifie l’accélération. Libéralisé par le Code du 17 mars 2015 et opérationnel depuis 2019, l’écosystème a changé d’échelle : de 70 millions USD de chiffre d’affaires en 2019 à plus de 350 millions USD en 2024. La progression est réelle, mais des faiblesses perdurent : respect insuffisant des assurances obligatoires, évasion de primes, déficit de culture assurantielle, confiance perfectible envers les compagnies. Une montée en puissance de la réassurance locale, couplée à un meilleur recouvrement et à des droits des assurés mieux garantis, pourrait réduire les sorties de capitaux et stabiliser la liquidité du marché.

La commission devra clarifier l’articulation entre ses recommandations et le contenu du projet du 11 avril. Si convergence il y a, un calendrier lisible et des priorités opérationnelles (supervision, solvabilité, gouvernance, digitalisation des canaux de paiement) offriront au secteur un cap exécutable. L’objectif reste constant : élargir la couverture, protéger les acteurs économiques et transformer l’assurance en levier de financement domestique.

— M. KOSI

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