Félix Tshisekedi demande au Gouvernement d’instaurer un plan trimestriel permanent de mise à la retraite alors que plus de 300 000 agents et fonctionnaires ayant atteint ou dépassé l’âge statutaire seraient encore en activité. Le chiffre prend une dimension particulière dans les finances publiques congolaises puisque, dès 2022, l’Exécutif avait adopté un plan visant déjà 300 000 départs à l’horizon 2026. Le problème n’est donc plus seulement d’identifier les agents concernés, mais de financer régulièrement leurs indemnités et leurs pensions sans reconstituer un nouveau stock.
L’instruction a été donnée lors de la 97e réunion du Conseil des ministres du 28 août 2026. Selon le compte rendu relayé par l’Agence congolaise de presse, le Chef de l’État dit avoir reçu plusieurs rapports concordants faisant état de plus de 300 000 agents et fonctionnaires encore en activité alors qu’ils ont atteint ou dépassé l’âge statutaire de la retraite, avec parmi eux des septuagénaires, octogénaires et même des nonagénaires.
Le Gouvernement doit désormais mettre en œuvre un plan trimestriel permanent, couvrant à la fois le régime général et les régimes particuliers. Les ministères concernés devront également présenter l’état d’avancement des départs programmés en 2026, secteur par secteur, ainsi que leurs projections pour 2027. L’objectif affiché est d’accélérer le renouvellement générationnel, mais aussi de réduire les effets du vieillissement des effectifs sur la performance des services et sur la masse salariale.
En 2022, l’objectif était déjà de retraiter 300 000 agents d’ici 2026
La nouvelle instruction révèle surtout la difficulté rencontrée par l’État pour résorber un passif ancien.
En juillet 2022, le Gouvernement avait adopté un plan quinquennal prévoyant la mise à la retraite de 300 000 agents éligibles d’ici 2026. Une première tranche urgente de 10 000 départs devait être exécutée avant la fin de cette même année. Pour 4 000 agents, l’État indiquait alors avoir mobilisé 90,60 milliards CDF. Le coût d’une autre tranche de 6 000 agents était estimé à 59,06 millions USD, dont le financement devait provenir de partenaires au développement.
Trois ans plus tard, le Gouvernement reconnaissait que le processus avait perdu son rythme. Au Conseil des ministres du 11 juillet 2025, le ministère de la Fonction publique indiquait que 11 000 agents avaient quitté l’administration en 2022, avant un ralentissement des mises à la retraite en 2023 et 2024. Entre-temps, le nombre d’agents éligibles avait atteint plus de 314 000, tous régimes confondus.
L’Exécutif avait alors abandonné l’horizon court pour retenir un plan décennal. Félix Tshisekedi évoquait encore en décembre 2025 un stock d’environ 314 000 agents à traiter progressivement sur dix ans.
La comparaison doit toutefois être maniée avec précaution. Les 300 000 agents visés en 2022 et ceux recensés aujourd’hui ne constituent pas nécessairement exactement la même population. De nouveaux fonctionnaires atteignent chaque année les conditions de départ. Mais la persistance d’un stock supérieur à 300 000 montre que le rythme des sorties n’a pas été suffisant pour absorber durablement les nouvelles entrées dans la catégorie des agents à retraiter.
Le verrou reste le financement des départs
Le départ d’un fonctionnaire ne supprime pas immédiatement la charge financière pour l’État. Il faut d’abord solder ses droits de fin de carrière, puis assurer le paiement régulier de sa pension.
C’est précisément cette contrainte qui avait conduit le Gouvernement, en 2025, à prévoir une alimentation mensuelle de 20 milliards CDF d’un sous-compte dédié ouvert à la Banque centrale du Congo. À rythme constant, ce mécanisme représentait 240 milliards CDF par an, selon un calcul de Lepoint.cd. Le Gouvernement envisageait parallèlement que les banques payeuses avancent les indemnités de départ avant d’être remboursées progressivement par l’État.
La nouvelle instruction présidentielle reprend cette recherche de financements moins dépendants des variations de trésorerie. Le Gouvernement est appelé à mobiliser les partenaires bancaires et à examiner la valorisation des réserves et placements du système de sécurité sociale des agents publics. Les pensions doivent, elles, être effectivement prises en charge par la CNSSAP.
Cette architecture devra préserver un équilibre délicat. Accélérer les départs peut réduire progressivement la présence d’agents ayant dépassé les conditions statutaires et ouvrir des possibilités d’avancement ou de renouvellement des effectifs. Mais une vague trop importante sans financement sécurisé déplacerait simplement la contrainte de la paie active vers les indemnités et les pensions.
Le changement le plus significatif de l’instruction du 28 août réside donc dans le mot « permanent ». Plutôt qu’une succession de grandes opérations ponctuelles suivies de périodes d’arrêt, l’État veut intégrer la retraite dans la gestion courante de ses effectifs, avec des départs programmés chaque trimestre.
Pour mesurer l’efficacité du nouveau dispositif, trois indicateurs seront déterminants dès les prochains mois : le nombre effectif de départs par trimestre, le montant réellement payé au titre des indemnités et la capacité de la CNSSAP à assurer les nouvelles pensions sans interruption.
M. MASAMUNA









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