La gestion du Fonds spécial de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en République démocratique du Congo (FRIVAO) continue de susciter des interrogations. Un nouvel élément est venu alimenter le débat après les déclarations du coordonnateur du fonds, Mgr François Mwarabu, lors d’un échange public organisé samedi sur le réseau social X.
Le responsable du FRIVAO a reconnu qu’un montant de 2,6 millions de dollars américains, représentant environ 5 % des fonds reçus de l’Ouganda, avait été transféré au ministère de la Justice sous l’ancienne ministre Rose Mutombo. Ces ressources auraient été affectées à ce qui a été présenté comme des « frais de gestion du contentieux ».
Interrogé sur la base juridique de ce transfert, Mgr Mwarabu a expliqué avoir exécuté une instruction émanant de l’autorité de tutelle, affirmant que l’opération avait également reçu l’aval de l’Inspection générale des finances (IGF). Selon lui, le FRIVAO s’est limité à son rôle d’organe d’exécution.
« Ce n’est pas nous qui avons remis cet argent. Il s’agissait d’une demande de l’autorité compétente », a-t-il déclaré.
Cette révélation intervient alors que la gestion des fonds versés par l’Ouganda fait déjà l’objet d’une attention particulière de l’opinion publique et des organisations représentant les victimes du conflit armé dans l’Est de la RDC.
La question centrale demeure celle de la conformité de cette opération avec les dispositions encadrant l’utilisation des réparations accordées à la RDC à la suite de l’arrêt rendu par la Cour internationale de Justice (CIJ).
Selon les mécanismes définis dans cette décision, les 325 millions de dollars américains accordés à la RDC doivent être répartis selon des catégories précises : 69 % pour les dommages liés aux pertes en vies humaines, 12 % pour les dommages matériels et 18 % pour les atteintes aux ressources naturelles. Cette dernière composante relève directement de la gestion de l’État congolais.
Dans ce contexte, le transfert de 2,6 millions USD vers le ministère de la Justice soulève des interrogations sur la destination effective des ressources et sur leur conformité avec l’esprit du mécanisme de réparation destiné aux victimes.
Invité à préciser si cette opération pouvait être assimilée à un détournement des fonds destinés aux bénéficiaires, Mgr François Mwarabu s’est montré prudent. Il a indiqué ne pouvoir ni confirmer ni infirmer une telle qualification, estimant que cette appréciation relevait des instances compétentes.
Le coordonnateur du FRIVAO a toutefois reconnu l’existence de pratiques qu’il a lui-même qualifiées de problématiques. Il a évoqué des instructions reçues dans le cadre de la gestion du fonds qui, selon lui, ne correspondaient pas toujours aux règles normalement applicables.
Ces déclarations interviennent dans un climat déjà marqué par des critiques sur le rythme des indemnisations. Plusieurs observateurs estiment que seule une partie limitée des ressources reçues a effectivement atteint les victimes identifiées dans les provinces concernées.
L’audit indépendant attendu dans les prochains jours devrait permettre d’apporter davantage de précisions sur les flux financiers enregistrés depuis la mise en place du FRIVAO, sur la traçabilité des fonds ainsi que sur le respect des mécanismes de gouvernance prévus pour leur gestion.
Au-delà du montant concerné, cette affaire met en lumière les enjeux de transparence et de redevabilité entourant la gestion des réparations accordées à la RDC. Pour de nombreuses victimes qui attendent encore leur indemnisation, les conclusions des contrôles annoncés seront déterminantes pour restaurer la confiance dans ce processus de réparation historique.
Par M. KOSI






