spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Gécamines cesse d’être spectatrice : elle négocie elle-même son cuivre avec les Américains pour peser face aux Chinois

Partager

La République démocratique du Congo a décidé de porter ses ventes de cuivre aux États-Unis à 500 000 tonnes, soit cinq fois les engagements initiaux pris en janvier. Cet accord massif est piloté par la Gécamines via une coentreprise avec le négociant en matières premières Mercuria Energy Group, avec le soutien direct de la Société américaine de financement du développement international.

Ce volume représente un changement de nature pour la Gécamines. La société minière publique ne veut plus se contenter de percevoir des dividendes passifs sur ses participations dans les joint-ventures minières. Elle entend désormais commercialiser physiquement sa part de production, en s’appuyant sur ses participations dans Kamoto Copper Company, opérée par Glencore, et Tenke Fungurume, opérée par CMOC. À Kamoto, la Gécamines pourrait céder jusqu’à la moitié de la production en 2026 et 2027 pour compenser des volumes qu’elle n’avait jamais négociés elle-même.

La RDC a également activé un mécanisme de quotas sur le cobalt via l’ARECOMS. Désormais, 10 % des exportations nationales de cobalt sont réservées à l’État, soit environ 9 600 tonnes pour 2026. Tout quota non utilisé pourra être transféré à la réserve stratégique d’État, offrant à Kinshasa un levier direct pour influencer l’offre mondiale et soutenir les cours du cobalt sur les marchés internationaux.

Desserrer l’emprise chinoise en ouvrant la porte aux capitaux américains

Ces mouvements s’inscrivent dans une stratégie délibérée de rééquilibrage des partenariats miniers. Les entreprises chinoises contrôlent encore environ 80 % de la production minière congolaise. En orientant massivement ses volumes vers les États-Unis et en facilitant des opérations comme celle d’Orion CMC pour l’acquisition d’actifs de Glencore, Kinshasa cherche à diversifier ses partenaires et à réduire sa dépendance à un seul axe commercial.

Avec une production record de 3,5 millions de tonnes de cuivre en 2025, la RDC s’est consolidée comme deuxième fournisseur mondial derrière le Chili. Dans un contexte de demande explosive liée aux véhicules électriques et à l’expansion des centres de données, le cuivre congolais est devenu un levier diplomatique que Kinshasa entend utiliser pour imposer ses conditions plutôt que de les subir.

— M. MASAMUNA

En savoir +

A la Une