Inflation ramenée à 7,76 % sur un an, franc stabilisé à 2 850 CDF/USD et réserves tenues à 7,5 milliards USD

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Inflation en repli, franc tenu, Trésor financé : Kinshasa garde le cap malgré la nervosité mondiale. Les prix ralentissent, le taux de change se stabilise autour de 2 850–2 880 CDF/USD, et l’État sécurise ses besoins par des titres en USD à 9 %. Dans le même temps, la Réserve fédérale laisse entrevoir –25 pb en septembre (probabilité 75 %), ce qui a pesé sur le dollar et les rendements US après Jackson Hole. En Europe, BCE en pause et nouveau cadre tarifaire UE–USA (12–16 %) : contexte extérieur chahuté mais lisible pour la RDC.

Ce qui change vraiment pour l’économie congolaise

Le refroidissement des prix est net. L’inflation hebdomadaire tombe à 0,13 % (contre 0,17 % la semaine d’avant). Le cumul s’établit à 5,37 % au 22 août (contre 9,05 % un an plus tôt) et le glissement annuel à 7,76 % (2024 : 15,30 %). Les postes “Logement-énergie” et “Transports” expliquent 22,27 % de la hausse hebdo. L’alimentaire reste la partie la plus lourde du panier, d’où l’intérêt de surveiller les cours mondiaux des céréales, en particulier alors que riz recule (–7,9 % surabondance asiatique) tandis que blé et maïs rebondissent sur la météo et les stocks.

Le franc congolais s’appuie sur une intervention ciblée. Au 22 août, 2 849,73 CDF/USD à l’indicatif et 2 878,15 au parallèle, soit une appréciation hebdo de 0,87 % et 0,53 %. Clé du mouvement : 50 millions USD vendus par la BCC le 18 août. Depuis fin 2024, la glissade reste limitée (–0,15 % à l’indicatif ; –0,39 % au parallèle). Les réserves s’établissent à 7,523 milliards USD, soit 2,87 mois d’importations. Dans ces conditions, une parité stable autour de 2 850–2 880 réduit le pass-through importé et renforce la crédibilité du signal anti-inflation.

Côté activité, le moteur reste l’extraction (+8,2 % attendus), pour une croissance 2025 à 5,3 % (après 6,5 % en 2024). L’économie hors mines accroche 3,6 %. Le baromètre des chefs d’entreprise remonte pour le deuxième mois, à +36,0 % en juin : message d’ensemble, le court terme tient.

Le Trésor garde l’accès au marché. Pour août, les recettes sont attendues à 1 835,5 Mds CDF (899,1 DGI, 540,3 DGDA, 396,1 DGRAD). En juillet, encaissements à 3 231,0 Mds CDF (réalisation 102 %, appuyée par le 2ᵉ acompte d’IBP) : DGI 2 116,1, DGDA 622,9, DGRAD 443,7. Les dépenses atteignent 3 620,1 Mds (99,6 % d’exécution) : salaires 1 143,6, fonctionnement 438,7, subventions 521,7. Solde mensuel –413,6 Mds CDF, couvert par les titres et des appuis budgétaires.

Le marché des titres pivote vers le dollar. Calendrier T3 : 100 Mds CDF et 400 M USD (BT/OT indexés). Le 12 août, le Trésor lève 77 M USD en OT USD 18 mois à 9 % (couverture 77 %). L’encours global grimpe à 5 741,5 Mds CDF au 21 août, dont 1,9 Md USD à rembourser en devises. Lecture simple : tant que le CDF reste calme, le coût en USD demeure soutenable et ancre une courbe de référence utile aux investisseurs.

Politique monétaire : dosage fin et transmission par le marché. La BCC place 158,5 Mds CDF en Bons BCC le 20 août, portant l’encours à 1 037,5 Mds CDF (7 jours : 392,0 ; 28 jours : 645,5). Taux : 24 % à l’interbancaire, 30 % au guichet marginal. Volumes interbancaires encore modestes (20 Mds CDF sur les quatre premières semaines d’août), mais l’Instruction n° 4 réduit la dépendance au guichet et pousse la formation des prix par adjudications.

Banques : dépôts et crédits avancent, la devise domine. Fin juillet, dépôts 14,4017 Mds USD (+0,17 % m/m, –2,25 % vs déc-24), avec 90 % en devises. Crédits bruts 9,3343 Mds USD (+2,42 % m/m, +9,31 % vs déc-24). Par monnaie, prêts en CDF –8,2 % m/m ; prêts en devises +10,16 % m/m. En 2024, la progression du crédit était +17,3 %, concentrée sur entreprises, ménages et administration, géographiquement menée par Kinshasa, Haut-Katanga, Lualaba. Moralité : la dollarisation des ressources continue de façonner l’offre.

Matières premières : brent 67,7 USD (+1,8 % hebdo, –9,1 % vs fin-2024) ; cuivre 9 745 USD/t (–0,2 % hebdo, +10,9 % vs fin-2024) ; cobalt 32 650 USD/t (stable, +35,8 % vs fin-2024) ; or 3 337,7 USD/oz (–0,7 % hebdo, +26,5 % vs fin-2024). Balance des biens : excédent 9,70 Mds USD à fin juin, avec exportations –19,8 % y/y et importations +1,8 %.

Ce qu’il faut surveiller maintenant. Si l’inflation glisse vers un chiffre et que le franc reste proche de 2 850–2 880, l’espace s’ouvre pour détendre le coût du crédit en CDF, premier levier pour l’investissement local. Trois marqueurs à suivre : la trajectoire des prix alimentaires, le calendrier d’émissions en USD, et le comportement des dépôts à la rentrée. Le cadrage externe (Fed, BCE) peut aider : un dollar moins tendu et des rendements US plus bas allègent la pression sur les devises des pays importateurs.

Peter MOYI

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