Maishapay (RDC) rejoint 22 jeunes pousses africaines retenues par le Visa Africa Fintech Accelerator. Pendant 12 semaines, ces équipes vont polir leurs produits, intégrer des rails de paiement à grande échelle et préparer un Demo Day en présentiel pour convaincre partenaires et investisseurs. L’objectif est simple : passer du bon produit à la distribution continentale – vite et proprement.
Ce que cette cohorte change concrètement
Le casting raconte l’Afrique qui code les paiements de demain. IPT Africa (Maurice) s’attaque aux paiements transfrontaliers et à la paie multi-pays en temps quasi réel ; Lemonade Payments (Kenya) propose un paiement en marque blanche adossé à la blockchain, sans sacrifier la confidentialité ; Maishapay (RDC) offre une suite B2B tout-en-un : paie, terminaux et paiements digitaux ; MNZL (Égypte) ouvre le crédit adossé aux actifs ; Motito (Ghana) facilite l’acquisition d’équipements essentiels ; Muda (Kenya) apporte de la liquidité en stablecoins aux flux transfrontaliers ; mystocks.africa (Botswana) veut unifier l’accès boursier à l’échelle du continent ; OKO Finance (Côte d’Ivoire) distribue une assurance climatique automatisée aux agriculteurs ; PressPayNg (Nigeria) finance et assure la scolarité ; Sevi (Kenya) fluidifie les paiements B2B dans les chaînes non digitalisées ; Shiga Digital (Nigeria) simplifie l’accès à la DeFi ; ShopOkoa (Kenya) mêle IA, crédit et encaissement pour micro-commerçants ; Startbutton (Nigeria) sert de merchant of record pour encaisser/payer en monnaie locale dans plusieurs pays ; Twiva (Kenya) industrialise le commerce par influence ; Vittas (Nigeria) conçoit du financement sur mesure pour la santé ; Woliz (Maroc) digitalise les nano-boutiques ; Zazu (Afrique du Sud) avance comme néobanque PME. Cette mosaïque couvre l’essentiel : paiements, crédit, assurance, investissement, commerce social.
Le programme reste entièrement virtuel pour l’accompagnement, avec un parcours de 12 semaines (mentorat, intégrations techniques, product training) et se termine par un Demo Day en présentiel. C’est une mécanique désormais rodée : une montée en puissance rapide, puis une présentation face à un parterre d’acteurs capables d’ouvrir des accords commerciaux ou d’entrer au capital.
Derrière l’annonce, une trajectoire : depuis 2023, l’accélérateur de Visa a déjà soutenu 64 startups et catalysé près de 20 partenariats actifs avec le réseau du groupe. La quatrième cohorte aligne 22 startups issues de 12 pays, preuve que la géographie de l’innovation ne se limite plus aux « big three ». Cette cohorte s’inscrit dans la promesse d’investissement de 1 milliard $ d’ici 2027 que Visa a formulée pour accélérer l’inclusion financière et l’économie numérique en Afrique.
Pourquoi c’est important pour Kinshasa ? La présence de Maishapay signale une montée en gamme des solutions B2B congolaises : paie, terminaux, paiements marchands, le tout pensé pour la distribution de masse. Si la startup transforme son accompagnement en connecteurs Visa opérationnels (acceptation, tokenisation, sécurisation des flux, portées régionales), elle pourra viser des contrats multi-sites avec des employeurs et des réseaux de distribution présents en RDC et dans les pays voisins. C’est précisément l’intérêt d’un programme qui ouvre l’accès à des API, à des intégrations et à un réseau de partenaires bancaires.
Autre signal utile : l’éducation et l’agri-assurance font partie du lot. PressPayNg montre qu’on peut structurer épargne, crédit et couverture autour de la scolarité ; OKO automatise l’indemnisation indexée météo, utile pour les filières vivrières comme pour les banques qui financent la campagne agricole. Ces deux cas de figure sont transposables en RDC, où la forte informalité freine l’accès au crédit abordable et où le risque climatique menace les revenus agricoles.
Sur la tech de paiement, la tendance est claire : interopérabilité pragmatique. Entre IPT Africa (trésorerie et paie multi-pays), Startbutton (encaissement multi-marchés sans créer de filiale) et Sevi (crédit/encaissement au dernier kilomètre), l’enjeu n’est pas la trouvaille « magique », mais l’exécution : brancher des marchands et des distributeurs à des rails fiables, réconcilier des flux, réduire les coûts de transaction et accélérer le time-to-cash. Pour les grands comptes comme pour les détaillants, c’est là que se situe la valeur immédiate.
Visa, de son côté, ne se contente pas de former. L’entreprise a investi dans plusieurs anciens participants et multiplie les partenariats avec les alumni. La cohorte 3 s’est conclue par un Demo Day à GITEX Africa 2025, un format qui a déjà prouvé son utilité pour transformer du mentorat en contrats. La cohorte 4 suit cette ligne, avec un Demo Day annoncé en présentiel.
À retenir pour les décideurs en RDC : si vous cherchez des solutions concrètes pour payer, encaisser, accorder du crédit ou assurer des risques spécifiques (agri, santé, éducation), cette cohorte offre une courte-liste testée par le marché et branchable sur les rails d’un acteur mondial. Le travail, désormais, consiste à sélectionner les cas d’usage, piloter des POC rapides et déployer là où la valeur se matérialise en jours, pas en trimestres.
— M. KOSI


