À la veille de l’échéance imposée aux sociétés minières en RDC, les règles de participation locale, le contrôle des exportations de cobalt, l’accumulation de cuivre aux États-Unis et la concurrence entre corridors logistiques modifient les risques supportés par les investisseurs. La seule qualité géologique d’un gisement ne suffit plus à garantir son financement.
Les chaînes de valeur du cuivre et du cobalt sont désormais influencées autant par les décisions des États que par les capacités de production des mines. Dans une analyse consacrée à cette évolution, Yves Binzunga, directeur général adjoint d’EquityBCDC pour la région Sud, identifie quatre facteurs déterminants pour les entreprises et les banques, dont la réglementation congolaise, la concentration du raffinage en Chine, les stocks américains et les infrastructures ferroviaires africaines.
Pour les institutions financières, ces changements élargissent le champ de l’analyse du risque. La rentabilité d’un projet dépend toujours de ses réserves, de ses coûts et du prix du métal, mais aussi de sa conformité réglementaire, de ses débouchés, de la disponibilité des moyens de transport et de la capacité du promoteur à conserver l’accès aux marchés d’exportation.
La RDC renforce son contrôle sur le capital et le cobalt
L’échéance du 31 juillet 2026 concerne l’application d’une disposition déjà inscrite dans le Code minier révisé en 2018. Son article 71 bis exige qu’au moins 10 % du capital social d’une société minière soient détenus par des personnes physiques de nationalité congolaise. La mesure ne résulte donc pas d’un nouveau décret créant cette obligation en 2026.
Une circulaire adressée aux entreprises le 30 janvier leur a accordé jusqu’à la fin de juillet pour démontrer leur conformité. Les discussions se concentrent notamment sur les 5 % destinés aux travailleurs congolais, les modalités d’acquisition des actions et l’application du dispositif aux sociétés déjà établies. Les opérateurs avaient demandé davantage de temps, tandis que le Gouvernement poursuivait encore en juillet les ajustements du mécanisme d’exécution.
Cette obligation modifie la structure de propriété des projets et peut influer sur leur gouvernance, la distribution des dividendes et les relations entre actionnaires. Pour les banques, le contrôle de la conformité juridique devient ainsi un élément préalable à l’octroi ou au renouvellement d’un financement.
La politique congolaise sur le cobalt ajoute un second niveau de contrôle. Le plafond d’exportation prévu pour 2026 atteint 96 600 tonnes, dont 9 600 tonnes réservées à l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques. Cette part peut être utilisée pour des projets considérés comme stratégiques par l’État.
L’ARECOMS a également décidé de retirer les quotas du premier semestre qui n’avaient pas été utilisés et de les réattribuer à une entité contrôlée par l’État. Cette décision réduit la possibilité pour une entreprise de conserver une allocation sans exporter et renforce le pouvoir du régulateur sur les volumes placés sur le marché international.
Le dispositif peut soutenir les ambitions de transformation locale, mais le retrait des quotas ne produit pas automatiquement des capacités de raffinage en RDC. Le passage de la maîtrise des exportations à une industrie locale exige encore des usines, de l’électricité, des financements, des compétences et des contrats d’achat.
Cette limite apparaît dans la répartition actuelle de la chaîne mondiale. La RDC a représenté environ 74 % de la production minière mondiale de cobalt en 2025, tandis que la Chine assurait 78 % du cobalt raffiné en 2024. Le premier pays contrôle donc l’essentiel de la matière première, alors que le second domine la transformation nécessaire aux batteries et à plusieurs industries technologiques.
Cette dépendance fonctionne dans les deux sens. Les raffineries chinoises restent exposées aux restrictions congolaises, alors que la RDC dépend encore des capacités étrangères pour convertir une large partie de sa production en produits à plus forte valeur ajoutée.
Les stocks et les corridors deviennent des instruments stratégiques
Aux États-Unis, la perspective de nouveaux droits de douane sur le cuivre raffiné a poussé les négociants à déplacer d’importants volumes vers les entrepôts américains. Les stocks du Comex ont dépassé 630 000 tonnes en juillet après plusieurs trimestres de hausse. Le métal détenu aux États-Unis représente désormais une part dominante des stocks mondiaux visibles sur les principales places boursières.
Cette accumulation ne traduit pas nécessairement une hausse équivalente de la consommation industrielle américaine. Elle résulte largement d’opérations de couverture et d’arbitrage destinées à anticiper une éventuelle modification des tarifs douaniers.
Le mouvement retire néanmoins du cuivre disponible sur d’autres marchés et peut accentuer les écarts entre les prix du Comex, du London Metal Exchange et de Shanghai. Pour les producteurs congolais, la volatilité créée par ces déplacements renforce l’utilité des contrats à terme et des autres mécanismes de couverture.
La logistique constitue l’autre composante du risque. La modernisation du chemin de fer Tanzanie-Zambie repose sur une concession de 30 ans accordée à China Civil Engineering Construction Corporation. L’investissement annoncé dépasse 1,4 milliard USD, dont 1 milliard pour les infrastructures ferroviaires et 400 millions pour 32 locomotives et 762 wagons.
Les premiers travaux physiques ont commencé en juillet 2026 à Dar es-Salaam avec la construction d’un centre de formation et d’un centre de contrôle des opérations. La ligne de 1 860 kilomètres relie la Zambie au port tanzanien et peut servir de débouché aux producteurs de la ceinture cuprifère régionale.
La TAZARA ne remplace toutefois pas encore le corridor de Lobito. La composante congolaise de ce dernier a obtenu l’approbation gouvernementale d’un partenariat public-privé avec Mota-Engil en juillet, mais la signature définitive, les conditions de la concession et la clôture complète du financement restent attendues.
Les deux axes doivent donc être considérés comme des itinéraires complémentaires en cours de renforcement. Pour une entreprise minière ou une banque, la possibilité de choisir entre plusieurs corridors réduit le risque d’interruption, mais seulement lorsque les lignes disposent d’une capacité réelle, de délais prévisibles et de contrats de transport compétitifs.
L’analyse financière des mines devra ainsi intégrer la gouvernance locale, l’accès aux quotas, les risques de marché et la résilience logistique au même niveau que les réserves du gisement. La prochaine évaluation portera sur l’application effective de la règle des 10 %, l’utilisation des quotas stratégiques de cobalt et la progression physique des deux corridors.
— M. MASAMUNA









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