Mines : la Guinée obtient plus de 300 millions USD de Glencore et négocie désormais alumine et énergie

Nimba Mining Company, détenue à 100 % par l’État guinéen, a conclu avec Glencore un préfinancement supérieur à 300 millions USD adossé à la commercialisation de 10 à 12 millions de tonnes de bauxite par an pendant cinq ans. Conakry veut maintenant élargir la relation au raffinage d’alumine et à l’énergie. Pour la RDC, où Glencore produit déjà cuivre cathodique et hydroxyde de cobalt, la comparaison porte surtout sur l’étape industrielle suivante de la chaîne de valeur.

La Rédaction

Nimba Mining Company, détenue à 100 % par l’État guinéen, a conclu avec Glencore un préfinancement supérieur à 300 millions USD adossé à la commercialisation de 10 à 12 millions de tonnes de bauxite par an pendant cinq ans. Conakry veut maintenant élargir la relation au raffinage d’alumine et à l’énergie. Pour la RDC, où Glencore produit déjà cuivre cathodique et hydroxyde de cobalt, la comparaison porte surtout sur l’étape industrielle suivante de la chaîne de valeur.

La Guinée utilise un contrat de commercialisation de bauxite comme point d’entrée vers une coopération industrielle plus large avec Glencore. Le ministre guinéen des Mines, Bouna Sylla, a indiqué à Reuters que le pays discutait avec le groupe suisse de nouveaux investissements dans le raffinage d’alumine et l’énergie, après la conclusion d’un accord commercial dépassant 300 millions USD.

Signé le 7 septembre, l’accord lie Glencore à Nimba Mining Company, société détenue entièrement par l’État guinéen. Il prévoit un préfinancement de plus de 300 millions USD et confie au négociant la commercialisation de 10 à 12 millions de tonnes de bauxite par an pendant cinq ans, soit potentiellement 50 à 60 millions de tonnes sur la durée du contrat. Le dispositif doit permettre à Nimba de sécuriser un débouché tout en obtenant des liquidités en amont de ses ventes.

Il convient donc de distinguer deux opérations. Les 300 millions USD ne constituent pas un investissement déjà engagé dans une raffinerie guinéenne. Il s’agit d’un préfinancement adossé à des volumes de bauxite. Les investissements dans l’alumine et l’énergie restent à l’état de discussions, même si Bouna Sylla affirme que Glencore a manifesté un intérêt pour approfondir sa présence dans le pays.

Conakry cherche à réduire sa dépendance au marché chinois

La stratégie guinéenne répond à une concentration commerciale élevée. Le pays a exporté 182,8 millions de tonnes de bauxite en 2025, en hausse de 25 %, dont environ 74 % vers la Chine, selon les données douanières reprises par Reuters. Pékin absorbe ainsi l’essentiel d’une production dont la Guinée est devenue le premier exportateur mondial.

Conakry cherche désormais à combiner diversification des acheteurs et transformation locale. Cette politique commence déjà à produire des investissements industriels. En juin, la Guinée a lancé la construction d’une raffinerie d’alumine de Chalco à Boffa, représentant 1,68 milliard USD d’investissement pour une capacité annuelle de 1,2 million de tonnes d’alumine.

C’est dans cette logique que le partenariat avec Glencore prend une dimension plus large que les 300 millions USD annoncés. Le pays cherche à convertir l’accès à sa bauxite en financement, puis à utiliser cette relation commerciale pour attirer des capacités de transformation et les infrastructures énergétiques indispensables au raffinage.

Pour la RDC, la comparaison commence après la première transformation

L’expérience guinéenne offre une lecture intéressante pour la RDC, mais les deux chaînes minières ne partent pas exactement du même point. En RDC, Glencore exploite Kamoto Copper Company et Mutanda Mining dans le Lualaba, deux installations qui produisent déjà du cuivre sous forme de cathodes et du cobalt sous forme d’hydroxyde.

Le défi congolais n’est donc pas simplement de demander à Glencore de transformer un minerai brut qu’il exporterait sans traitement. Une partie de cette transformation existe déjà. La question industrielle suivante concerne davantage le passage de l’hydroxyde de cobalt vers le sulfate, le cobalt raffiné, les précurseurs et matériaux de batteries, ainsi que l’approfondissement de la transformation du cuivre en produits manufacturés ou semi-manufacturés.

Cette distinction devient d’autant plus importante que Glencore reste fortement exposé à la politique congolaise du cobalt. Au premier semestre 2026, sa production propre de cobalt a reculé de 46 % à 10 200 tonnes, le groupe adaptant ses opérations aux quotas d’exportation imposés par Kinshasa et privilégiant le cuivre lorsque cela est économiquement pertinent.

La comparaison avec la Guinée pose donc une question plus précise à la politique minière congolaise. Lorsqu’un groupe international sécurise l’accès à de grands volumes de minerais ou dispose déjà d’actifs industriels importants, quelle contrepartie économique supplémentaire la RDC peut-elle négocier en matière d’énergie, de raffinage avancé, de fabrication et de transfert technologique ?

L’accord guinéen ne prouve pas encore que Glencore construira une raffinerie d’alumine. Il montre néanmoins comment un État producteur tente d’utiliser simultanément ses volumes miniers, une société publique, un contrat d’exportation et un préfinancement pour ouvrir une négociation plus large sur l’industrialisation.

Pour la RDC, le prochain indicateur comparable ne sera donc pas seulement la valeur des exportations de cuivre et de cobalt ou le montant des investissements miniers. Il faudra mesurer combien de nouveaux capitaux sont dirigés vers les segments situés après la cathode de cuivre et l’hydroxyde de cobalt, là où une part supplémentaire de la valeur industrielle peut être captée localement.

J. KAKESA

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