En 2025, le gouvernement congolais et les entreprises qui distribuent les produits pétroliers affirment avoir trouvé un terrain d’entente qui a réduit les subventions publiques, limité les pertes du secteur et maintenu les prix à la pompe dans un cadre jugé plus contrôlé. Cette lecture a été défendue par le groupement des distributeurs à l’occasion de la présentation des vœux pour 2026.
Le message est politique autant qu’économique. Dans un pays où les carburants pèsent directement sur le coût des transports et des denrées, la question n’est pas seulement celle des stations-service. Elle touche l’inflation, les recettes et dépenses publiques, et la stabilité du franc congolais.
Subventions, inflation et taux de change, ce que le “partenariat” change pour l’économie
Les pétroliers-distributeurs, réunis au sein du Groupement professionnel des distributeurs des produits pétroliers (GPDPP) dirigé par Franck Beausart, disent avoir salué la stratégie portée par le vice-Premier ministre Daniel Mukoko, en charge de l’Économie nationale. Selon eux, cette méthode a « instauré la confiance » et installé un dialogue permanent entre l’État et le secteur.
Derrière cette formule, un point est central : la baisse des subventions. Dans beaucoup de pays, subventionner le carburant revient à compenser la différence entre le coût réel d’approvisionnement et le prix affiché à la pompe. Quand l’État réduit cette dépense, il soulage son budget. Cela peut aussi limiter la pression sur le déficit et sur la trésorerie publique.
Ce type de décision a aussi un lien avec la politique monétaire, même si elle n’est pas prise par la Banque centrale. Moins de subventions peut vouloir dire moins de dépenses imprévues, donc moins de besoins de financement en urgence. À l’inverse, si la baisse des subventions se traduit par une hausse des prix à la pompe, l’effet se propage vite : le transport devient plus cher, puis les prix des biens suivent. C’est un canal classique de transmission vers l’inflation, que la Banque centrale surveille, car l’inflation finit par peser sur le pouvoir d’achat et sur la valeur de la monnaie.
Dans le discours du GPDPP, l’accent n’est pas mis sur une hausse des prix, mais sur la stabilisation. Le groupement affirme que le secteur est « stabilisé » et que personne ne souhaite un changement de cap pour l’instant. Les distributeurs mettent en avant des « mécanismes clairs », des contrôles renforcés et un dialogue continu.
Ils estiment que cette approche a amélioré la sécurité des approvisionnements. Là aussi, l’enjeu dépasse le secteur pétrolier. Un approvisionnement régulier évite les ruptures, les files d’attente, la spéculation et les hausses brutales de prix. Quand le carburant manque, le marché parallèle s’installe et les prix s’emballent, ce qui alimente l’inflation et fragilise la confiance dans l’économie.
Sur les résultats, le groupement parle de faits concrets : baisse des pertes et du manque-à-gagner subis par les sociétés pétrolières, hausse des volumes de produits pétroliers transitant par les terminaux de SEP Congo et de la SOCIR SA, et amélioration de la rémunération de certaines entreprises du secteur. Les distributeurs expliquent que ces évolutions ont aidé à préserver l’équilibre économique du marché.
Lors de la cérémonie, un message de remerciement a aussi été adressé aux autorités. « Nous tenons à remercier toute l’équipe gouvernementale, surtout la Première ministre, ainsi que le vice-Premier ministre en charge de l’Économie et la ministre d’État en charge des Hydrocarbures. Dans les moments difficiles, ils étaient là, ils nous ont apporté leur soutien et, ensemble, nous avons pu évoluer. Nous reviendrons auprès d’eux pour discuter des stratégies et produire des résultats », a déclaré Mutuabunga, secrétaire général du GPDPP.
Le volet social n’a pas été mis de côté. Les responsables du groupement disent avoir évoqué la situation du personnel, avec un point sur le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG). Le SMIG, c’est le salaire plancher prévu par la loi. Son application peut créer des tensions quand les entreprises estiment que leurs marges restent fragiles ou que leurs charges montent trop vite.
« Nous n’avons pas oublié nos personnels. Nous avons également passé en revue le problème du SMIG pour le bien-être de nos agents. Chaque entreprise a expliqué le niveau d’exécution de la loi et, ensemble, nous avons trouvé un compromis. S’il y a de nouveaux blocages, nous reviendrons vers les autorités pour expliquer les difficultés », a expliqué Okunda, membre du GPDPP.
Au terme de la rencontre, le groupement a réaffirmé sa disponibilité à accompagner le gouvernement dans les réformes annoncées pour une gestion plus rigoureuse et plus transparente du secteur pétrolier. Les distributeurs disent aussi vouloir soutenir les programmes des autorités visant un approvisionnement fluide du pays en produits pétroliers, un point qui reste déterminant pour la stabilité des prix et, plus largement, pour la stabilité économique.
— Peter MOYI

