La Banque Centrale du Congo (BCC) a publié, mardi 3 février 2026, un taux indicatif de 2 129,21 CDF pour 1 dollar, 2 530,58 CDF pour 1 euro et 307,15 CDF pour 1 yuan. Ces chiffres confirment un franc congolais plus ferme qu’à la mi-2025, quand le dollar avait dépassé 2 400 CDF. En toile de fond, les données budgétaires de 2025 indiquent qu’en novembre, les recettes de l’État ont, comme depuis le début de l’année, dépassé les assignations prévues.
Pourquoi la stabilisation du change ne suffit pas, et ce qu’elle change pour l’économie
Un franc qui s’apprécie signifie qu’il faut moins de francs congolais pour acheter un dollar. Pour les ménages, l’effet attendu est simple à comprendre : si le mouvement se maintient et si les prix suivent, la hausse de certains produits importés peut ralentir. Mais la transmission n’est jamais automatique. Les prix dépendent aussi des stocks, du transport, de la concurrence et des marges.
La BCC met en avant un autre signal du marché officiel : l’écart entre le cours acheteur moyen (2 086,63 CDF) et le cours vendeur moyen (2 171,80 CDF). Plus cet écart est contenu, plus le marché bancaire apparaît fluide. Un écart qui se creuse, au contraire, indique souvent des tensions sur l’accès aux devises.
C’est dans ce contexte que la banque centrale appelle le public à ne pas se laisser guider par les cambistes de rue et les spéculateurs. L’enjeu est concret : si une part importante des achats de devises se fait hors du système bancaire, l’écart entre le taux officiel et le taux parallèle peut se creuser, et les anticipations peuvent s’emballer. À l’inverse, quand la demande repasse par les banques, la BCC garde davantage de visibilité sur les flux et renforce l’efficacité de ses interventions.
Reste une idée répandue dans le débat : une monnaie plus forte ferait automatiquement baisser les recettes publiques, en particulier celles liées à l’importation. Les chiffres budgétaires cités pour 2025 racontent une autre histoire. En novembre, comme depuis le début de l’exercice, les recettes effectivement encaissées ont dépassé les objectifs fixés. Cela suggère que la collecte dépend d’abord des réformes fiscales et douanières, du contrôle, de l’élargissement de l’assiette et du niveau de conformité, bien plus que du seul niveau du taux de change.
Une stabilisation du franc peut même jouer en faveur des finances publiques. Elle rend les flux plus prévisibles, réduit les comportements d’attente et limite les pertes liées à des arbitrages opportunistes. Elle ne règle pas tout, mais elle peut donner de l’air à l’économie, à condition que la discipline budgétaire suive et que le marché des changes reste encadré.
— Peter MOYI

