Le cuivre évolue autour de 13 700 USD la tonne, soutenu par les difficultés de production au Chili. La RDC et la Zambie ont produit ensemble près de 4,38 millions de tonnes en 2025, mais leur capacité à profiter des cours élevés dépend désormais de la fluidité des corridors reliant le Copperbelt aux ports régionaux.
Le marché du cuivre a retrouvé, à la mi-juillet 2026, des niveaux proches de ses récents sommets. Le métal s’échangeait autour de 6,22 USD la livre le 17 juillet, soit environ 13 700 USD la tonne. Cette progression intervient alors que la production chilienne, première au monde, subit les effets combinés du manque d’eau, de la baisse des teneurs, des opérations de maintenance et des tensions sociales dans certaines exploitations.
Les difficultés du Chili ne devraient pas disparaître rapidement. Codelco, le producteur public chilien, anticipe une production globalement stable au cours des prochaines années, malgré ses investissements destinés à compenser le vieillissement des mines et la diminution de la qualité des minerais. BHP prévoit également une baisse pouvant atteindre 15,5 % de sa production de cuivre au prochain exercice, principalement en raison du recul des teneurs à Escondida.
Cette configuration augmente la valeur des volumes disponibles dans d’autres régions productrices. Pour la RDC et la Zambie, la question ne se limite plus à extraire davantage de cuivre. Il faut également évacuer rapidement les cathodes et les concentrés vers les ports, tout en acheminant dans le sens inverse les carburants, les réactifs, les équipements et les pièces nécessaires aux opérations minières.
La hausse zambienne ajouterait plus de 3 600 chargements routiers
La Zambie a produit 890 346 tonnes de cuivre en 2025, soit une progression de 8 % sur un an. Lusaka vise plus d’un million de tonnes en 2026, avant d’atteindre 3 millions de tonnes à l’horizon 2031. Le passage du niveau de 2025 à un million de tonnes représenterait une production supplémentaire de 109 654 tonnes.
Transporté par camions de 30 tonnes, ce volume additionnel nécessiterait environ 3 655 chargements sur une année, selon un calcul de Lepoint.cd. Cette estimation ne prend pas en compte les déplacements à vide, les marchandises entrantes, les arrêts aux frontières ni les volumes déjà produits par les mines congolaises.
La RDC a produit environ 3,49 millions de tonnes de cuivre en 2025, selon les statistiques définitives de la Cellule technique de coordination et de planification minière. Avec la Zambie, le Copperbelt a ainsi fourni près de 4,38 millions de tonnes au cours de l’année. Cette concentration renforce le poids minier de la région, mais elle accroît également la pression sur les routes, les chemins de fer, les postes frontaliers et les ports utilisés pour rejoindre les marchés internationaux.
Lorsque les cours augmentent, les producteurs peuvent accepter de payer plus cher pour sécuriser un passage rapide. Une tonne immobilisée dans un stock, bloquée à une frontière ou retardée sur une route représente un revenu différé et davantage de fonds de roulement immobilisés. Le prix élevé du cuivre récompense donc les entreprises capables de produire, mais aussi celles qui disposent d’un accès régulier au transport.
Quatre corridors se disputent les volumes du Copperbelt
Les producteurs congolais et zambiens disposent de plusieurs voies d’évacuation. Le corridor Walvis Bay–Ndola–Lubumbashi relie le port namibien à la Zambie et au sud-est de la RDC. Les routes australes permettent de rejoindre Durban et Richards Bay en Afrique du Sud. À l’est, Dar es-Salaam reste une sortie importante pour le cuivre zambien, tandis que Lobito ouvre un accès plus court vers l’Atlantique depuis les zones minières congolaises.
Ces corridors n’offrent pas encore le même niveau de fiabilité. La ligne ferroviaire de Lobito a repris le transport international du cuivre congolais en juin 2026, après une interruption de deux mois provoquée par des inondations en Angola. Le projet complet, incluant la réhabilitation des voies congolaises et une future extension vers la Zambie, pourrait nécessiter jusqu’à 6 milliards USD d’investissements d’ici 2030.
Sur l’axe oriental, la réhabilitation du chemin de fer Tanzanie-Zambie doit mobiliser environ 1,4 milliard USD. Les promoteurs visent une capacité annuelle de 2,4 millions de tonnes, mais cette montée en puissance dépend encore des travaux de modernisation. Les projets ferroviaires avancent donc au moment où la production minière et les prix accroissent déjà les besoins de transport.
La Zambie a par ailleurs prolongé jusqu’au 30 septembre 2026 la suspension de la taxe de 10 % sur les exportations de concentrés de cuivre. La mesure couvre 271 742 tonnes et doit permettre aux producteurs d’évacuer leurs stocks pendant les arrêts prolongés de plusieurs fonderies. Elle ajoute aux corridors un volume plus important de minerais non raffinés, dont les conditions de manutention diffèrent de celles des cathodes de cuivre.
Pour la RDC, la hausse des cours offre une possibilité d’augmenter les recettes d’exportation et les revenus fiscaux. Cet avantage peut toutefois être réduit par les coûts routiers, les délais aux frontières, les interruptions ferroviaires et la dépendance envers des ports situés dans plusieurs pays de transit. La compétitivité du cuivre congolais dépend ainsi autant de la mine que du temps nécessaire pour rejoindre le navire.
Les prix élevés peuvent diminuer lorsque la production chilienne se redresse ou lorsque de nouvelles capacités ferroviaires deviennent disponibles. La réponse durable pour le Copperbelt consiste donc à utiliser cette période favorable pour accélérer les investissements dans les chemins de fer, simplifier les passages frontaliers et sécuriser plusieurs sorties maritimes. La performance régionale devra être mesurée non seulement par les tonnes extraites, mais par les volumes livrés aux acheteurs, les délais de transport et le coût logistique supporté par chaque tonne exportée.
— M. MASAMUNA








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