La République démocratique du Congo (RDC) a signé, le 19 février 2026, un accord-cadre institutionnel pour mettre en œuvre le Programme national AXIS (Asset-eXchange-Impact-Sovereign) et l’initiative GOLDCONNECT, qui intègrent un mécanisme présenté comme innovant : le Sovereign Gold Reserve Token (SGRT). La cérémonie s’est tenue sous le haut patronage du président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo et a réuni le ministère des Mines ainsi que le Fonds social de la République démocratique du Congo.
Dans un pays où l’or artisanal pèse lourd dans l’économie des provinces minières, mais reste souvent associé à la contrebande, à l’opacité des flux et à une fiscalité difficile à capter, les autorités affichent une ambition claire : ramener une partie plus importante du secteur dans le circuit formel, tout en gardant la main sur la ressource.
Traçabilité, financement « sans dette » et formalisation : la promesse, les questions
Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a présenté l’accord comme un choix stratégique pour la gouvernance de l’exploitation artisanale. « Ce n’est pas une simple formalité administrative, mais un acte stratégique », a-t-il déclaré, en insistant sur la volonté de consolider l’encadrement public du secteur.
Selon les objectifs cités lors de la cérémonie, AXIS et GOLDCONNECT visent d’abord à structurer les chaînes d’approvisionnement de l’or artisanal. L’enjeu est central : tant que la production circule via des canaux fragmentés, les volumes deviennent difficiles à suivre, les prix se négocient hors radars et l’État peine à sécuriser les taxes et redevances attendues.
Deuxième axe : la transparence et la traçabilité des flux. Dans un langage plus concret, cela signifie la capacité à documenter l’origine de l’or, ses étapes de transformation et ses circuits de commercialisation. Pour les autorités, c’est aussi un levier de crédibilité vis-à-vis des standards internationaux, alors que plusieurs marchés exigent des garanties sur l’origine des minerais.
Troisième élément, plus sensible : l’accès à des mécanismes de financement innovants, avec une précision politique forte : « sans création de dette publique ni transfert de souveraineté ». Dans l’esprit du dispositif annoncé, le SGRT est présenté comme un outil adossé à la notion de réserve d’or. Un “token” renvoie, de manière générale, à une représentation numérique d’un actif ou d’un droit lié à un actif. Mais à ce stade, la communication officielle ne détaille pas les paramètres opérationnels : comment la réserve est constituée, quelles garanties encadrent le mécanisme, et quelles institutions portent l’audit et la conformité.
Dernier objectif : intégrer davantage les exploitants artisanaux dans le circuit formel. C’est un point clé pour l’économie réelle : la formalisation peut améliorer l’accès à des services (financement, équipement, débouchés encadrés) et renforcer les recettes publiques, à condition que le dispositif soit crédible, accepté sur le terrain et compatible avec les réalités locales (sécurité des sites, gouvernance provinciale, incitations).
Les autorités affirment enfin que la mise en œuvre d’AXIS doit renforcer les retombées économiques au profit des communautés, améliorer les recettes publiques et consolider la souveraineté de l’État sur ses ressources naturelles, dans le respect du cadre juridique national et des standards internationaux. Reste l’étape la plus déterminante : passer de l’accord-cadre à des procédures claires, contrôlables, et applicables dans les zones de production artisanale.
— M. KOSI



