Le gouvernement congolais relance le dossier des biens issus de la zaïrianisation décidée en 1973 sous le régime de Mobutu. Lors du Conseil des ministres du 22 mai 2026, les autorités ont adopté une stratégie destinée à récupérer les sommes que plusieurs acquéreurs de ces biens n’auraient jamais totalement versées au Trésor public. Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, a présenté cette feuille de route élaborée à partir des études réalisées par la Direction générale de la dette publique (DGDP), chargée du suivi de ces créances.
Selon le gouvernement, une partie importante des personnes ayant bénéficié des biens zaïrianisés ne se serait pas acquittée de toutes ses obligations financières envers l’État. Kinshasa veut désormais engager un recouvrement présenté comme « inconditionnel », avec l’objectif de renforcer les recettes publiques dans un contexte marqué par des besoins budgétaires élevés et une recherche accrue de ressources internes.
Une commission attendue pour piloter le recouvrement
Pour mettre en œuvre cette stratégie, une commission intergouvernementale doit être créée. Elle réunira les ministères des Finances, de la Justice, des Affaires foncières ainsi que celui de l’Agriculture, Pêche et Élevage. Cette structure aura pour mission d’identifier les débiteurs concernés, d’examiner les dossiers disponibles et d’encadrer les procédures juridiques liées au recouvrement des créances.
La zaïrianisation avait été lancée en novembre 1973 par l’ancien président Mobutu Sese Seko. Cette politique avait conduit au transfert de milliers d’entreprises, commerces, plantations et propriétés détenus par des étrangers vers des acquéreurs congolais. Plusieurs de ces biens avaient été cédés à crédit, mais les montants attendus par l’État n’auraient jamais été entièrement payés.
Plus de cinquante ans après, ce dossier reste sensible car il touche à la fois à l’histoire économique du pays, au droit de propriété et aux obligations contractuelles héritées de cette période. Le gouvernement veut aujourd’hui transformer ces anciennes créances en nouvelles ressources publiques, mais la procédure pourrait être complexe. L’administration devra notamment retrouver des archives parfois anciennes, identifier les acquéreurs ou leurs héritiers et vérifier la validité juridique des dettes réclamées. Des contestations devant les tribunaux restent également possibles.
Cette opération sera suivie de près dans un contexte où les autorités cherchent à augmenter les recettes internes pour financer les dépenses publiques et réduire les tensions sur les finances de l’État. Pour Kinshasa, ce dossier pourrait aussi devenir un test sur la capacité de l’administration à gérer des procédures foncières et financières de longue durée avec plus de transparence et de rigueur.
— Joldie KAKESA


