Édito : la première matière première qui manque aujourd’hui aux mines congolaises n’est plus le cuivre ou le cobalt… c’est l’électricité

La DRC Mining Week 2026 a confirmé une réalité que la RDC ne peut plus contourner : le pays possède les minerais critiques recherchés par le monde, mais il ne dispose pas encore de l’électricité nécessaire pour les transformer à grande échelle. Avec une demande nationale estimée à 5 250 MW contre une offre disponible d’environ 2 100 MW, le déficit énergétique est devenu l’un des principaux freins à l’industrialisation minière.

La Rédaction

La DRC Mining Week 2026 a confirmé une réalité que la RDC ne peut plus contourner : le pays possède les minerais critiques recherchés par le monde, mais il ne dispose pas encore de l’électricité nécessaire pour les transformer à grande échelle. Avec une demande nationale estimée à 5 250 MW contre une offre disponible d’environ 2 100 MW, le déficit énergétique est devenu l’un des principaux freins à l’industrialisation minière.

Pendant des décennies, la richesse minière de la République démocratique du Congo s’est mesurée en tonnes de cuivre, de cobalt, de lithium ou d’étain. En 2026, la rareté la plus pénalisante n’est pourtant plus dans le sous-sol. Elle se trouve dans les centrales, les lignes à haute tension, les postes de transformation et les réseaux de distribution. La première matière première qui manque aujourd’hui aux mines congolaises n’est plus le cuivre ou le cobalt. C’est l’électricité.

Ce n’est pas un hasard si la DRC Mining Week 2026 a ouvert ses travaux par un Energy Investment Forum, le 16 juin à Lubumbashi. Derrière les débats sur les minerais critiques se cachait une réalité beaucoup plus concrète : sans énergie fiable, il n’y aura ni transformation locale, ni montée en gamme industrielle, ni compétitivité durable. Le thème général de cette édition, « The DRC’s Shift: From Local Player to the World’s Leading Hub for Critical Minerals », résume l’ambition du pays. Mais devenir un hub mondial des minerais critiques suppose d’abord de résoudre le goulet d’étranglement qui bloque les usines avant même leur naissance : le déficit électrique.

IndicateurChiffreLecture économique
Demande nationale estimée5 250 MWBesoin global actuel
Offre disponible estimée2 100 MWCapacité réellement mobilisable
Déficit estimé3 150 MWManque structurel
Taux de couverture40 %6 MW demandés sur 10 ne sont pas couverts

Ces chiffres racontent une vérité simple : l’électricité est désormais un facteur de production aussi déterminant que le minerai lui-même. Une mine peut disposer des meilleurs gisements de cuivre au monde, mais sans alimentation électrique stable, elle ne peut ni extraire, ni concentrer, ni raffiner, ni transformer à un coût compétitif. C’est ce qui explique pourquoi la question énergétique est devenue centrale dans les discussions entre l’État, les miniers, les banques, les investisseurs et les partenaires techniques.

Le nouveau minerai stratégique de la RDC

Electricity transmission mining - unsplash
Electricity transmission mining – unsplash

Le paradoxe est connu, mais il reste économiquement violent. La RDC possède environ 100 GW de potentiel hydroélectrique, dont seulement 3 % seraient exploités. Pourtant, l’offre disponible reste très inférieure aux besoins du pays. Selon les données de l’ARE, la capacité installée atteignait 3 238,87 MW en 2023, mais la puissance moyenne disponible ne dépassait pas 2 174,17 MW. Autrement dit, plus de 1 064 MW de capacité installée n’étaient pas effectivement mobilisables.

Le problème ne se limite donc pas à produire davantage. Il faut rendre disponible ce qui existe déjà, réduire les pannes, moderniser les réseaux, améliorer la maintenance, sécuriser les investissements et réduire les pertes. Le Compact énergétique de la RDC indique que les pertes techniques et non techniques de la SNEL atteignent environ 46 %. Une telle proportion signifie qu’une grande partie de l’électricité injectée dans le système n’arrive pas correctement chez le client final ou n’est pas correctement facturée et recouvrée.

IndicateurSituation actuelleObjectif 2030
Taux d’accès à l’électricité21,5 à 22,1 %62 %
Capacité installée3 067 MW13 576 MW
Production annuelle15 261 GWh65 000 GWh
Pertes réseau46 %15 %
Investissements nécessaires37 milliards USD

Ce tableau montre l’écart entre l’ambition et la réalité. Pour atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030, la RDC devra mobiliser environ 37 milliards USD, dont près de 17 milliards USD d’investissements publics et 20 milliards USD d’investissements privés. Le pays ne pourra donc pas financer seul son redressement électrique. Il lui faudra des partenariats solides, un cadre réglementaire crédible, des projets bancables et une gouvernance capable de rassurer les investisseurs.

L’industrie minière est directement concernée. Dans le Haut-Katanga et le Lualaba, certaines mines fonctionneraient autour de 20 % de leur capacité faute d’électricité suffisante. Ce chiffre résume à lui seul le coût économique du déficit énergétique. Une mine qui tourne au ralenti exporte moins, achète moins de services, utilise moins de sous-traitants, mobilise moins de transporteurs et génère moins de recettes pour l’État. Le manque de courant ne frappe donc pas seulement les entreprises minières. Il affaiblit toute la chaîne économique construite autour des mines.

La transformation locale est encore plus exposée. Produire des cathodes, raffiner des minerais, développer des précurseurs de batteries ou faire émerger une métallurgie compétitive demande une alimentation électrique continue. Sans courant stable, la RDC restera tentée d’exporter rapidement la matière plutôt que de la transformer localement. C’est là que l’électricité devient une question de souveraineté économique : sans elle, les minerais partent, mais la valeur ajoutée reste ailleurs.

SujetChiffre à retenir
Demande nationale actuelle5 250 MW
Offre disponible2 100 MW
Déficit estimé3 150 MW
Capacité installée ARE 20233 238,87 MW
Puissance moyenne disponible ARE 20232 174,17 MW
Capacité installée non disponible1 064,7 MW
Énergie totale disponible en 202315 800,93 GWh
Importations d’électricité en 20231 497,11 GWh
Part des importations dans l’approvisionnement9,5 %
Valeur indicative des importations à 0,09 USD/kWhenviron 134,7 millions USD
Projet Hydro-Link Angola-RDC1,5 milliard USD
Pertes techniques et non techniques SNEL46 %
Potentiel hydroélectrique RDCenviron 100 GW
Potentiel exploitéenviron 3 %
Provinces minières les plus touchéesHaut-Katanga et Lualaba
Niveau d’activité évoqué pour certaines mines faute d’électricitéenviron 20 % de capacité

Le paradoxe le plus coûteux de l’économie congolaise

Electricity transmission mining - unsplash
Electricity transmission mining – unsplash

La RDC est aujourd’hui dans une situation contradictoire : elle vend au monde les minerais de la transition énergétique, mais importe une partie de l’électricité nécessaire pour faire tourner ses propres mines. En 2023, les importations d’électricité ont atteint 1 497,11 GWh, soit 9,5 % de l’approvisionnement électrique national. Si l’on valorise ce volume au coût moyen de recouvrement cité dans le Compact énergétique, soit environ 0,09 dollar/kWh, l’ordre de grandeur atteint 134,7 millions USD sur l’année. Ce montant reste une estimation économique, et non une facture officielle consolidée, mais il donne une idée du coût de cette dépendance.

L’importation d’électricité depuis l’Angola, notamment à travers le projet Hydro-Link évalué à 1,5 milliard USD, peut servir de solution de transition pour répondre aux besoins urgents des entreprises minières et industrielles. Mais cette option ne peut pas devenir le socle permanent de la politique énergétique d’un pays qui dispose d’un potentiel hydroélectrique aussi important. Importer du courant peut soulager les mines à court terme. Produire, transporter, distribuer et facturer correctement l’électricité sur le territoire national est la seule réponse capable de soutenir l’industrialisation.

La DRC Mining Week 2026 a donc mis le doigt sur la vraie équation minière congolaise. La RDC ne manque pas de minerais. Elle manque d’énergie disponible. Elle ne manque pas d’ambition industrielle. Elle manque de mégawatts fiables, de lignes solides, de réseaux modernisés, de financements adaptés et d’une gouvernance électrique capable de transformer le potentiel en production réelle.

Pendant longtemps, le pays a présenté son sous-sol comme son principal avantage compétitif. Cette lecture devient incomplète. Les minerais attirent les investisseurs, mais l’électricité décidera du niveau de transformation, du coût de production, de la localisation des usines et de la part de valeur que la RDC pourra retenir sur son territoire.

La prochaine bataille économique du pays ne se gagnera donc pas seulement dans les mines. Elle se jouera dans les barrages, les centrales, les postes électriques, les lignes de transport, les réseaux de distribution et la capacité de la SNEL à réduire ses pertes. Si la RDC veut devenir le premier hub mondial des minerais critiques, elle doit comprendre que son industrie ne sera pas limitée par la quantité de cuivre ou de cobalt disponible dans le sol, mais par la quantité d’électricité disponible dans le réseau.

— M. KOSI

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